Faites ce que je dis...

par Syndicat des Petites Mains Fakiriennes 19/02/2018 paru dans le Fakir n°(84) Date de parution : Février Mars 2018

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On a besoin de vous

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Notre rédac’ chef qui propose une loi sur le burn-out ? Nan mais c’est Rocco Siffredi qui prônerait la chasteté !

"Bon, les copains, le 1er février, c’est notre niche parlementaire. C’est le seul jour de l’année où l’on peut proposer une loi qui sera débattue dans l’Hémicycle...
— Et on présente quoi, comme loi ?
— Je ne sais pas encore, ça se décide avec le groupe. »

On avait spéculé, donc.
On faisait tourner les méninges à idées. Une régularisation massive des bénévoles dans les canards indépendants ? Un fonctionnaire‑cuisinier dans chaque association frappée par la malbouffe ?
« Alors, bon, voilà, il était revenu de Paris, penaud. On va proposer une loi sur le burn out.
— Hein ? »

On hésitait entre la crise de rire et la crise de nerfs.
« Toi ? Ruffin, l’avocat des goulags picards ?
— Le champion des
‘‘la révolution ne prend pas de vacances’’ ?
— Toi qui nous envoies des mails et des sms à pas d’heure, le dimanche, au Nouvel An ?
— Et on aura le droit d’être auditionné, patron ?
— En fait, tu veux légaliser le burn out, c’est ça l’idée ?
— Oh, oh ! Faites vos marioles ! On parle de crime managérial là, on parle de gens détruits, de suicides… Et vous, vous ramenez tout à votre nombril. Bon, Vincent, Brigitte, vous m’organisez des auditions en local... Johanna, Mathilde, pareil à Paris... Sylvain, comme d’hab, le plan média, Fabien, Magalie, il faudra qu’on envoie notre rapport parlementaire à tous les abonnés de Fakir... Sur le pont, les amis !
— Mais c’est les vacances de Noël vendredi !
, on s’étranglait. On peut pas remettre à début janvier ?...
— Faut lancer la machine maintenant. Sinon, on sera en retard sur le calendrier... »

Le voilà, notre grand « pourfendeur de la pression au travail ». À l’arrivée, quarante‑huit personnes auditionnées, plus de trente heures à
transcrire, un aller‑retour à Marseille, plus les appels à témoignages sur Facebook, les bouquins à annoter, les études statistiques à compiler, etc. Et, au final, un rapport parlementaire qui dépasse les cent quarante pages...
On a protesté.
Vivement.
« Et pourquoi il n’y a aucun salarié ou bénévole de canard dissident auditionné ?
— Non mais, bande de traîtres ! Vous voulez me faire taire, hein, c’est ça ? J’en ai pas assez de Rugy, il me faut des coups de poignard dans le dos ! Et la Cause, vous en faites quoi de la Cause ? Vous croyez que Lénine comptait ses heures avant de prendre le Palais d’Hiver ? »

Alors, on a monté le coup discrétos. On a écrit aux socialos, aux cocos et même à En Marche !, aux Républicains.
« Mesdames, Messieurs, les députés. Concernant la loi sur le burn out, proposée par François Ruffin, nous vous demandons de soumettre au vote l’amendement suivant : ‘‘Pour lutter efficacement contre l’épuisement professionnel, les moments et lieux de détente doivent être promus dans l’entreprise. Ainsi, toutes les petites mains d’un journal indépendant basé à Amiens se verront attribuer d’office une baignoire équipée d’un système d’injection d’air pulsé et d’eau sous pression (communément appelé jacuzzi).’’ »
On était prêts à venir en peignoir à la tribune, pour le défendre, notre amendement. Mais, comme par hasard, la loi a été rejetée dès la commission.
Et notre amendement avec !
C’est un complot des patrons, insoumis ou en marche !

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