L’hélico de l’hosto, un cas décolle !

par Vincent Bernardet 20/03/2017 paru dans le Fakir n°(78 ) décembre 2016 - janvier 2017

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C’est pas tous les jours que la CGT rassemble, derrière elle, ministres, sénateur et préfet…

« Aujourd’hui, j’aurais pu me balader à poil dans Laon, les flics ne pouvaient rien dire. Grâce à la lettre de Cazeneuve. »
Olivier, secrétaire de la CGT - Santé de l’Aisne, n’est pas peu fier de son coup : « Un coup à la Fakir, qu’il répète, on y est allés au culot ! »
Pour quoi donc ?
Pour inaugurer « son » hélistation.
Car on connaissait, en Espagne, les aéroports déserts, qui n’accueillent aucun avion, crise oblige. En Picardie, voici l’héliport désaffecté, qui n’a jamais accueilli un seul hélicoptère, administration oblige.

« Dans les années 2000, les autorités, ministères et tutti quanti ont décidé de construire une station pour l’hôpital de Laon. Les travaux ont duré, ça a coûté cinq millions d’euros quand même. Mais à l’arrivée, une autre autorité, l’Agence régionale de santé en tête, a maintenant décidé que l’hélico était mieux là-haut, dans la cour de l’hôpital ! »

« Là-haut », parce que Laon est surnommé « la montagne couronnée », une ville tout en hauteur, perchée sur une colline dans notre plat pays. En bas, l’hélistation, avec ses bâtiments et son centre d’intervention d’urgence ultramodernes, reste désespérement désaffectée.

« C’est aberrant, on a une piste magnifique, les pilotes nous disent ‘‘un fleuron européen’’, mais ici, les cuves de kérosène restent vides. Ce qu’on appelle le ‘‘matériel NRBC’’, des tentes et de quoi intervenir en cas de catastrophe, est stocké là‑haut dans des cabanes de jardin. C’est inutilisable... Le SMUR, le temps de rassembler le matériel, met 28 minutes pour partir en intervention. »

Avec, parfois, des conséquences dramatiques : « L’hélico dort dehors alors qu’ici il y a un hangar chauffé. Vide. D’ailleurs, un hiver, un gamin est mort à cause de ça. Les pales étaient gelées et il n’a pas pu décoller. »
Tout ça à cause de quoi, vraisemblablement ?
« Il ne faut pas faire de l’ombre au CHU d’Amiens, ce gouffre financier. »

Alors, durant un an et demi, Olivier et ses camarades ont planché sur des dossiers. Pondu un rapport, plein de statistiques, de cartes, de graphiques.
Fait le tour des hautes autorités qui avaient validé, ministères, préfecture, direction de l’hosto.
« Ils sont nuls en face, alors on fait le taf. Les mecs y connaissent tellement que dalle, sortent de je‑ne‑sais‑quelle école, qu’ils sont obligés de te donner raison. Je dis toujours aux gars que l’ouvrier est celui qui connaît le mieux son outil de travail. »
Avec, aujourd’hui, ce coup d’accélérateur.
L’inauguration.
En grandes pompes, à l’initiative de la CGT.
« Ça fait quatre ans que je n’avais pas mis de costard ! »

Un énorme coup de bluff pour pousser les pouvoirs publics à réagir, mais qui prend une allure tellement officielle que le ministre de l’Intérieur leur envoie un courrier à en-tête et tampon : « Je vous souhaite une pleine réussite dans votre manifestation et je m’excuse de ne pas pouvoir être présent. » Valls s’excuse également, le cabinet de Touraine a appelé la section CGT hier : « Elle demandait ma secrétaire. Les mecs, ils pensent que j’ai une secrétaire ! Ils pensent qu’on est cinquante, mais on est quatre à monter ce bordel ! » Et là, au micro, le sénateur-maire, de droite, qui est venu à cette manif’ déguisée, et qui « tient à remercier la CGT » !

Est-ce qu’il se posera là, l’hélico ?
On n’en sait rien, et pour tout dire c’est pas là l’important.
Dans cette lutte, Olivier et sa bande se sont formés, ont acquis des compétences, et ont (on va causer « gramscistement ») reconquis l’hégémonie. C’est derrière leur bannière que les autres se sont rangés, orga qui se mêle d’expertise sans abandonner le terrain, qui entraîne dans son sillon – quand, face à l’adversité, guette si souvent la tentation du repli, parmi les siens, dans l’entre-soi des fidèles.

La prochaine étape ?
« On va créer une nouvelle structure, une unité psychiatrie pour ados. Ça fait des mois qu’on bosse là-dessus, pour en prouver la pertinence, les économies sur le long terme. Les ados ne resteraient que quelques semaines, au lieu de plusieurs années, avec des soins adaptés. Et ça créerait trente à quarante postes. On voudrait s’associer avec un sociologue, qui nous sorte des stats. »
Il me sort le dossier.
Épais.
Et c’est comme ça qu’à la fin, c’est nous qu’on va gagner !

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