Vaccins : l’anti-démocratie médicale

par Cyril Pocréaux, François Ruffin 11/10/2017 paru dans le Fakir n°(82 (en kiosque)) Date de parution : septembre octobre 2017

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Piqûres obligatoires, consultation bidon, lobbies à tous les étages... La vaccination, c’est l’anti‑démocratie de la santé dans toute sa splendeur. Et c’est ainsi que le gouvernement veut « rétablir la confiance »...

« La prévention sera le pivot de la stratégie nationale de santé discutée à l’automne. »
À l’Assemblée, Édouard Philippe nous alléchait, lors de son discours de politique générale.
J’ai tendu l’oreille.
Parce que, moi aussi, j’avais placé la « prévention » au coeur de ma campagne. Le Premier ministre allait‑il accuser « la pollution de l’air, les perturbateurs endocriniens, les pesticides » ? Allait‑il s’en prendre au travail, mal réparti, source de stress, de gestes répétitifs, de troubles musculo‑squelettiques pour les uns, quand d’autres ne travaillent pas assez, pas du tout, et ce chômage qui provoque lui aussi du mal‑être, débouche sur des affections ? Allait‑il dénoncer la publicité, cette télé qui incite en continu nos enfants (et nous‑mêmes !) à consommer des sodas, des hamburgers, des friandises ? Allait-il faire sortir la médecine de l’hôpital ou des cabinets, l’amener dans les quartiers, dans les campagnes, dans les lycées, dans les entreprises, et pas seulement pour des opérations : pour des discussions ?
J’ai espéré, à l’écoute.
« Des maladies que l’on croyait éradiquées se développent à nouveau sur notre territoire. Des enfants meurent de la rougeole aujourd’hui en France. Dans la patrie de Pasteur ce n’est pas admissible. L’an prochain, les vaccins pour la petite enfance, qui sont unanimement recommandés par les autorités de santé, deviendront obligatoires. »
Raté.
La santé se réduisait à nouveau à de la chimie, à de la technique.

Vite fait, bien fait

Qu’on passerait de trois à onze vaccins, Agnès Buzyn en avait certes causé, mais ça restait un projet, je croyais, un parmi d’autres, on en causerait, on en mesurerait ensemble l’utilité.
Mais non.
Si Édouard Philippe le sortait, ce mardi 4 juillet, devant les députés, s’il était prêt à cette dépense, lui dont le propos se résumait pour le reste à « réduction de déficits... réduction de déficits... réduction de déficits... », c’est que le gouvernement y tenait. D’ailleurs, le samedi suivant, à Aix‑en‑Provence, aux « rencontres économiques » (pas aux « rencontres du soin »), la ministre de la Santé enfonçait le clou : « Les vaccins, ça marche, ça fonctionne, ça a sauvé des centaines de millions de vie... Je regrette que, en France, la défiance envers les vaccins soit à ce point ancrée dans la population... Le problème, c’est qu’à force de ne plus vacciner les enfants, on a des épidémies de rougeole, on a des méningites, on a des gosses qui meurent chaque année de maladies évitables. C’est insupportable. » Au vu de cette urgence, ils agiraient vite fait, bien fait : « Avec une loi pour fin 2017, et une obligation début 2018. » Il n’y aurait aucune consultation, donc ? Non, répliquaient‑ils, « elle avait déjà eu lieu ».
Ah bon ?

Je ne sais pas
Je voudrais simplement vous dire mes doutes : le passage de trois à onze vaccins, suis-je pour ? Suis-je contre ? Aujourd’hui, je l’ignore. Quand la ministre m’assène que « dix enfants sont morts de rougeole depuis 2008 », certes, ça me touche, ce sont dix de trop, mais faut-il pour cela vacciner 60 millions de Français ? Je m’interroge. Et j’aurais aimé un véritable débat, avec des scientifiques, me forger mon opinion, décider pour ma famille et moi, et nous.
Du coup, la façon d’imposer ça, le côté propagande, l’hypocrisie de la consultation, le poids des lobbies dans la décision, tout cela me hérisse. Fait de moi un opposant, moins sur le fond (je ne me prononce pas), que sur la procédure : le déni de démocratie. Et sur ce diagnostic, je n’ai aucun doute : cette histoire de vaccins, c’est un symptôme de notre démocratie en panne, de gouvernants qui sournoisement la contournent, de l’argent qui s’infiltre partout, mais aussi d’un refus du peuple qui, d’instinct, répond « non ».

Instance fantoche

Il faut remonter à l’an dernier, à 2016. Une enquête secoue le petit monde de la médecine : elle révèle que, parmi 67 pays, les Français sont les plus méfiants à l’égard des vaccins. Le seul en rouge très foncé sur la carte, répondant « non » à plus de 40 % à la question : « En général, je pense que les vaccins sont sûrs ». D’où l’idée d’une « consultation citoyenne ». Logiquement, elle devrait être confiée à la Conférence nationale de santé, qui siège depuis 1996. Mais voilà que son président, Thomas Dietrich, en claque la porte, dénonçant « une instance consultative fantoche ». Nous recopions ici largement son entretien avec LeLanceur.fr, tant sa position nous paraît juste :

Thomas Dietrich : Nous devions organiser un grand débat public sur la vaccination, notamment parce qu’il y avait beaucoup de questions à ce sujet. En fait, le jeu était biaisé. La ministre a commencé à vouloir relire les avis de la Conférence nationale de santé avant qu’ils ne soient publiés, notamment pour expurger les passages qui ne convenaient pas à son cabinet ministériel. Concernant le grand débat public sur la vaccination, le format que j’avais monté était jugé trop indépendant...
L’organisation a donc été retirée à la Conférence nationale de santé pour la transférer à l’Agence nationale de la santé publique (ANSP), une agence sous tutelle de l’État qui, en parallèle, fait de la publicité pour les vaccins.

Le Lanceur : En réponse à une pétition critique d’un médecin anti‑vaccins, Marisol Touraine avait déclaré en mai 2015 : « La vaccination, cela ne se discute pas. » Le format que vous aviez monté donnait‑il une forte parole à des militants anti‑vaccins ?

Thomas Dietrich : La CNS, c’était des représentants d’un peu tous les acteurs du monde de la santé, donc de manière globale, au contraire, ce sont plutôt des gens pro‑vaccins, même s’ils ont des réserves. Il y avait par exemple une association, E3M, qui dénonce les méfaits des aluminiums dans les vaccins. La CNS était organisatrice du débat public, elle allait s’exprimer et surtout la consultation allait être beaucoup plus large que celle qui a finalement été faite. Il était aussi prévu un jury de citoyens et un jury de professionnels de santé qui était en dehors de la CNS. Mais la question n’était pas de s’exprimer pour ou contre la vaccination, mais de constater qu’il y a des problèmes inhérents et une baisse du taux de couverture vaccinale afin d’organiser un débat qui permette à toutes les parties de s’exprimer pour trouver une solution. C’est mon propos. Finalement, cela n’a pas été fait puisqu’on a fait à la place une sorte de débat biaisé. En revanche, j’ai été beaucoup récupéré par ce fameux professeur Henri Joyeux à l’origine de cette pétition, alors que je ne partage pas du tout son idéologie.

Le Lanceur : De quoi avait peur le ministère de la Santé en refusant l’organisation de ce débat par la CNS ?

Thomas Dietrich : Le ministère avait peur que ce débat libère la parole. En fait, il y avait surtout la peur d’une sorte de curée contre la vaccination qui soit orchestrée par les ligues anti‑vaccinales, qui, soit dit en passant, sont assez virulentes, voire violentes. De mon côté, j’ai toujours dit que tous les méfaits de la démocratie sont remédiables par davantage de démocratie. Le but était d’organiser un vrai débat, pour qu’on pose les bonnes questions et qu’on arrête d’avoir une baisse de la couverture vaccinale. Donc, après m’être engueulé tous les quatre matins avec ma hiérarchie et avoir eu des réunions à ne pas en finir, j’ai effectivement quitté mon poste et j’ai écrit un rapport. Je pense que ce qui a pu toucher à sa lecture, c’est le fait que les citoyens étaient dépossédés de leur parole. C’est‑à‑dire que, très clairement, on ne les écoutait plus et ils n’étaient pas pris en compte. La construction des politiques publiques est faite de manière complètement autiste, sans retour de terrain, et on ne peut plus agir comme cela. Les personnes ont des choses à dire, même ceux qui ne sont peut‑être pas des experts. Quand vous faites venir des gens de Guyane ou de Martinique en avion, qu’ils doivent payer leur taxi depuis l’aéroport, que vous faites venir des personnes en fauteuil avec leurs accompagnateurs, que des personnes prennent des journées de congé pour venir à la CNS et que finalement ils ne sont pas écoutés, cela s’apparente pour moi à se foutre de leur gueule. Supprimer ces instances, cela a au moins le mérite d’être clair sur la volonté de vouloir des avis et des idées qui sont maillés à la verticale, mais on ne fait pas de l’hypocrisie en organisant un semblant de démocratie sanitaire.

Fiasco déontologique

« Le semblant de démocratie » va néanmoins se poursuivre, via un « Comité d’orientation de concertation citoyenne de la vaccination ». Avec pour but, donc, de rétablir la confiance... Mais quelle en est la composition ? « Les déclarations publiques d’intérêts de trois des seize membres du comité d’orientation mentionnent des liens d’intérêts avec des laboratoires développant des vaccins », note Le Monde. Plus un quatrième, « le professeur Thierry May qui ne mentionne pas des dizaines de conventions et avantages avec des laboratoires pharmaceutiques, dont MSD et Sanofi ». Plus une cinquième, « Claire‑Anne Siegrist, professeur de vaccinologie et de pédiatrie, qui entretient des liens avec DBV Technologies, qui étudie un vaccin épicutané sous forme de patch de rappel contre la coqueluche. » Plus un sixième, le président du comité : « Le professeur Fischer n’a pas mentionné le prix Sanofi‑Institut Pasteur reçu pour ses recherches sur les déficits immunitaires, d’un montant de 100 000 euros. » Et tout ça, alors que « promouvoir une réelle pédagogie de la transparence » est une priorité du comité. L’association Formindep, qui oeuvre pour une information médicale indépendante, évoque un « fiasco déontologique ». Bref, de quoi rétablir une pleine « confiance »...

Philippe‑Buzyn

Qu’à cela ne tienne : fort de cette immense légitimité, le 1er décembre 2016, le professeur Alain Fischer et son comité présentent leurs recommandations : « Pour faire vite, écrit Libération, les vaccins (coqueluche, rougeole, hépatite B…) aujourd’hui ‘‘recommandés’’ pour les enfants de moins de deux ans devraient devenir gratuits et ‘‘obligatoires’’, mais de façon temporaire, le temps de restaurer la confiance face aux doutes des Français. » « Dans le contexte actuel de perte de confiance et de baisse de la couverture vaccinale, il apparaît nécessaire de réaffirmer le bien‑fondé de la vaccination », affirme le comité. D’où cette idée d’agir en deux temps : d’abord élargir l’obligation vaccinale, puis à terme, supprimer l’obligation vaccinale comme ailleurs en Europe. Pour les récalcitrants, serait proposée une clause de refus : les parents réfractaires signeraient un document « pour leur faire prendre conscience qu’ils prennent une responsabilité, une prise de risque pour leur enfant et pour la communauté des gens qui vivent autour d’eux et qu’ils risquent aussi que leur enfant puisse être refusé par une directrice de crèche, ajoute le médecin. Toutefois, s’il y avait trop de refus de la vaccination, cette possibilité d’exemption pourrait être supprimée. » C’est exactement le plan, aujourd’hui, de Macron – Philippe – Buzyn.

Après cette formidable consultation, le Premier ministre peut le proclamer : « Les vaccins pour la petite enfance sont unanimement recommandés par les autorités de santé. »
Pas de débat.
Pas de démocratie.
Pas de contradiction.
L’« unanimité » est à ce prix.
Il est certain qu’on va ainsi rétablir « la confiance »...

2009 : La pandémie n’a pas eu lieu...
La grippe H1N1 allait ravager le pays. Heureusement, Roselyne Bachelot était là.
Avec ses millions de vaccins... et son CV trafiqué.

À l’automne 2009, la catastrophe approchait.
C’était « un défi majeur pour la santé publique ».
La guerre était déclarée à la grippe H1N1 : « C’est tous ensemble que nous ferons face ! »
Par bonheur, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, avait déjà pris les devants : dès l’été, pour le vaccin, elle avait commandé 94 millions de doses. Deux par Français.
En novembre, elle ouvrait des centres de vaccination, mobilisait les médecins militaires, recrutait cinq mille contrats aidés... qui ont dû bien s’ennuyer.
Car les clients ne sont venus qu’au compte‑gouttes : 5,74 millions de vaccinés, à peine 10 %, malgré une propagande à médias continus.
La pandémie n’a pas eu lieu.
On a juste fait des gros chèques aux labos, pour un coût final ‑ d’après la Cour des comptes ‑ d’à peu près 600 millions d’euros.
Mais qui était, au fait, chef d’orchestre de cette magnifique opération ?
Comme l’avait à l’époque révélé Fakir, la belle Roselyne avait quelque peu expurgé son CV :

On s’ennuie au bureau, alors sur Google on tape « Bachelot ».
Voir qui elle est, un peu.
La grippe A l’a si bien propulsée sous le feu des caméras.
Sur Wikipedia, c’est marqué ça : « Roselyne Bachelot‑Narquin a occupé, avant d’entrer dans la politique au début des années 1980, le poste de déléguée à l’information médicale au sein du laboratoire ICI Pharma de 1969 à 1976, puis elle est chargée des relations publiques chez Soguipharm de 1984 à 1989 ». Tiens tiens, on ne savait pas. Mais faut vérifier, hein, Wikipédia raconte parfois n’importe quoi...
D’autant que son CV officiel, sur le site du ministère de la Santé, ne cause pas de ça du tout. On apprend plein de choses passionnantes, que « ses deux parents étaient docteurs en chirurgie dentaire », qu’elle a « approfondi ses recherches en spectrophotométrie infrarouge », qu’elle est même balèze sur « l’influence des atomes métalliques sur les liaisons carbone‑hydrogène dans les molécules complexes », etc. Mais rien sur les douze années qu’elle aurait – conditionnel de rigueur – passées au service de l’industrie pharmaceutique. Un trou, là.
Alors, qui dit vrai ? Wikipedia ou le ministère de la Santé ? Et puis, on tombe sur ce document.

C’est son vieux CV, lorsqu’elle était au Parlement européen, en 2004. Tout en haut, juste sous « née le 24 décembre 1946 à Nevers », elle détaille son « activité professionnelle » : « Déléguée à l’information médicale - laboratoires ICI Pharma - de 1969 à 1976. Chargée des relations publiques chez Soguipharm de 1984 à 1989. » C’était une fierté, apparemment, à l’époque : la preuve qu’elle avait travaillé dans la vraie vie. Celle de l’entreprise...
Mais pourquoi, alors, le cacher maintenant ?
Pourquoi oublier ces douze années, qui pèsent quand même dans une (brève) carrière ?
Pourquoi cette omission, alors que Roselyne Bachelot promet que « la transparence sera la plus totale, suivie scrupuleusement » ? Pourquoi ce silence, alors que la loi oblige les experts à déclarer leurs « conflits d’intérêts » ?
Le plus simple, c’était de lui demander.
On a essayé.
On s’est entêtés, même.
En vain.
Durant des semaines, elle nous a fuis, s’échappant même d’une conférence de presse par la porte de derrière (article complet en ligne ici).
On se demande bien, après tout ça : mais pourquoi les Français manquent de confiance dans les vaccins ?

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