Sur l’écran, c’était la pub, et Cantona, l’ancien footballeur, déployait ses talents d’acteur de réclames. Tout le monde se levait, quinze minutes pour se dégourdir les jambes, aller boire un coup, fumer aussi, dehors. On était dans un bar d’Amiens, à la mi-temps de France-Suède, pendant la Coupe du monde de foot. Le bar était bondé, beaucoup de jeunes, Mbappé venait de marquer, tout le monde était soulagé.
Je m’approchais du bar pour commander un coup à boire, et accostais, par habitude, le gars scotché au comptoir, la trentaine, l’air renfrogné.
« Alors, c’était pas mal, ça semble bien parti, non ?
— Mouais, mouais… non… »
Je réalisai que le gars avait tourné le dos à l’écran presque tout le temps.
« Faut que Dembélé marque », il me dit. « Faut absolument qu’il marque. »
Dembélé, si vous ne savez pas, c’est un attaquant de l’équipe de France.
« Bah, c’est pas trop grave non plus, s’il marque pas », je répondais. « L’important c’est l’équipe, non ?
— Non non, faut qu’il marque, c’est ce que j’ai mis, Mbappé et Dembélé. Vous avez mis quoi, vous ? »
Je comprenais rien à ce qu’il me disait, mais il a fini par m’éclairer. « Vous avez mis quoi ? Vous avez parié non ? Vous avez pas parié ? »
Ça y est, je vois : les paris en ligne.
On vit les mat



