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	<title>François Ruffin, auteur/autrice sur fakirpresse.info</title>
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	<description>Journal fâché avec tout le monde. Ou presque.</description>
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	<title>François Ruffin, auteur/autrice sur fakirpresse.info</title>
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	<item>
		<title>Le travail, c’est la santé ?</title>
		<link>https://fakirpresse.info/le-travail-c-est-la-sante/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[François Ruffin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Dec 2023 13:21:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnets de Bord]]></category>
		<category><![CDATA[N°110]]></category>
		<category><![CDATA[Reportages]]></category>
		<category><![CDATA[Social]]></category>
		<category><![CDATA[abonnés]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’esprit s’évade, parfois. À l’Assemblée, les débats sur les accidents du travail me renvoyaient au combat de David, son combat perdu, contre l’amiante. Et à l’inaction de nos dirigeants pour changer les choses.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’esprit s’évade, parfois. À l’Assemblée, les débats sur les accidents du travail me renvoyaient au combat de David, son combat perdu, contre l’amiante. Et à l’inaction de nos dirigeants pour changer les choses.</p>
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		<item>
		<title>L&#8217;absurde ou l&#8217;humain ?</title>
		<link>https://fakirpresse.info/l-absurde-ou-l-humain/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[François Ruffin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Dec 2023 05:39:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[N°110]]></category>
		<category><![CDATA[Social]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un immense, un absurde gâchis : les gens qui arrivent en France pleins de rêves et d'énergie, et qui s’enlisent dans un labyrinthe administratif et social.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Je suis marqué, chez moi, dans la Somme, par l’« accueil » des harkis, en 1962. « Accueil » avec beaucoup de guillemets : à Amiens comme à Doullens, les autorités les ont logés durant des années dans des Citadelles abandonnées. Des bâtiments presque du Moyen‑Âge, désaffectés, dans la boue, humides, sans chauffage, avec juste un drap pour séparer les familles. Et une fois sortis de là, on les a mis dans des cités à part, dans des écoles à part, à l’extérieur des villes.  Voilà des hommes qui avaient combattu pour la France, aux côtés des soldats français, qui ont perdu leur terre dans cette guerre : il y avait toutes les raisons de bien les accueillir, dignement, eux et leurs femmes, et leurs enfants. Nous avons fait l’inverse : nous les avons relégués plutôt comme une honte, sans moyens, sans grand‑chose d’humain, cachés dans un coin. Évidemment, je n’étais pas né, et je n’ai pas connu leur arrivée. Mais j’ai vu, j’ai étudié, les dégâts de ce mauvais accueil : nous l’avons payé, et payé cher. Ce sont, à Amiens, des révoltes régulières, de la deuxième, de la troisième génération, des voitures, des bâtiments qui crament, des affrontements avec les CRS. Mais c’est le plus visible, et le moins pire. Le pire, c’est le mal‑être, le malaise qui s’est répandu, l’intégration à reculons, avec bien sûr des jeunes qui trouvent leur place à l’usine, à la mairie, dans un bureau, des destins divers, mais aussi une épidémie de toxicomanie, de la délinquance, de la prison, des accidents, des dépressions, des enterrements bien avant l’âge dans le carré musulman du cimetière Saint‑Pierre. De cette histoire, j’ai tiré une leçon : le mal‑accueil coûte cher. La société croit économiser : on y perd.</p>
<p>Jamais je ne me suis senti « sans‑frontiériste », au contraire : les frontières, qu’il y ait un dedans et un dehors, me paraissent nécessaires à la Nation, à la République. Il faut un espace commun pour des règles communes que l’on fixe et que l’on respecte. Des frontières pour les marchandises, des frontières pour les capitaux, mais des frontières aussi pour les personnes. Des frontières qui ne sont pas des murs, imperméables, plutôt des membranes, poreuses, où l’on peut entrer, sortir, avec un filtre. Une fois en France, en revanche, je suis pour un plein accueil, pour un bon accueil. Pourquoi ? Par humanité, sans doute. Mais par efficacité, aussi. Nous devons en finir avec le « mal‑accueil », qui s’est amplifié, qui est même théorisé. Je l’ai vu, durant mes décennies de reporter, en Picardie, à travers cent destins que je pourrais raconter. Ce sont des hommes, des femmes, qui ont traversé des guerres, des continents, des océans, qui viennent ici pleins d’envie et d’énergie et que, bizarrement, l’on s’efforce de décourager, avec l’épreuve lente de l’attente, avec l’interdiction de faire, d’agir, juste se replier, se rétracter. Cent fois j’ai connu ces situations absurdes. Marie‑Jo, dernièrement, qui porte une association, qui organise des défilés de mode africaine, qui est saluée par la Ville, qui fabrique nos bonnets phrygiens pour le 14 juillet, ici depuis près de dix ans et qui reçoit à son tour une OQTF. Ou encore une famille géorgienne, les enfants scolarisés ici depuis la maternelle, ne parlant que le français, décrits comme des <em>« élèves modèles »</em> par leurs enseignants, mais qui doivent pointer au poste de police, en centre‑ville, le soir à la sortie de l’école. Et les pétitions de parents, d’habitants, qui circulent pour les régulariser. Quel gâchis ! Eux auraient mieux à faire pour notre pays, d’autres richesses à apporter, que de s’enliser dans ce labyrinthe administratif, judiciaire. Et surtout, on embouteille la police, on embouteille la justice avec des gens ordinaires, alors que nos fonctionnaires auraient mieux à faire : se concentrer sur de vrais dangers.</p>
<p>Que serait un bon accueil ? La langue et le travail. Voilà les deux piliers d’un « service public de l’intégration » : la langue et le travail. En France, dans les écoles, dans les mairies, à la télé, on parle français. Il faut donc, dès les premiers mois d’une arrivée, lorsque ce n’est pas acquis, apprendre le français. Ces formations, aujourd’hui, sont assez claires pour les jeunes, avec un parcours linguistique identifié, sous la houlette de l’Éducation nationale. Elles sont en revanche, pour les adultes, fort disparates, inégales selon les régions, reposant ici sur des enseignants qualifiés, là sur des associations, ou encore sur des retraités pleins de bonne volonté. Avec une difficulté, à mesurer : apprendre la grammaire, le vocabulaire, sagement assis dans une salle de classe, ne conviendra pas à tout le monde. Cette langue, il faut la pratiquer en situation. D’où, également, le deuxième pilier : le travail. C’est par le travail que, un siècle durant, les Italiens, les Polonais, les Espagnols, les Portugais, les Algériens, se sont intégrés. Mais ce pilier travail, ensuite, à partir des années 80, avec les usines qui délocalisent, le chômage qui monte, le marché de l’emploi qui se resserre, a flanché. Pourtant, durant la crise Covid, l’immigration s’est révélée, a révélé son utilité. Parmi ces femmes et ces hommes <em>« sur lesquels notre pays repose »</em>, comme disait le président de la République pendant la crise Covid, parmi eux, nombreuses, nombreux sont immigrés. Ce sont elles, eux, qui font le ménage. Elles, eux, qui s’occupent des personnes âgées, à domicile ou dans les Ehpad. Elles, eux, qui tiennent la caisse. Elles, eux, qui acheminent les marchandises, dans la logistique, la manutention ou les camions.</p>
<p>Le lundi 16 octobre, au collège César Franck, à Amiens‑Nord, j’assistais à l’hommage rendu à Samuel Paty et Dominique Bernard. Dans la classe, au milieu de Picards, des enfants afghans, maliens, algériens… <em>« Je ne leur mens pas</em>, me confie l’enseignant d’histoire, Éric Mehimmedetsi, <em>je leur dis la vérité : je suis là pour en faire des Français. »</em> Il nous faut ce bon accueil, plein et entier, et non au rabais, avec ce but clairement énoncé : faire des Français, faire des Français aux origines diverses, variées. </p>
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		<title>La tournée des grands brûlés</title>
		<link>https://fakirpresse.info/la-tournee-des-grands-brules-82/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[François Ruffin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Sep 2023 08:48:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnets de Bord]]></category>
		<category><![CDATA[N°109]]></category>
		<category><![CDATA[Reportages]]></category>
		<category><![CDATA[Social]]></category>
		<category><![CDATA[abonnés]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En cette fin d’été, je suis retourné voir Mohamed, dont la salle de boxe avait brûlé. Et puis Malika, et Agnès, et les commerces partis en fumée. D’Amiens à Rouen, tout ça raconte une humanité abandonnée.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En cette fin d’été, je suis retourné voir Mohamed, dont la salle de boxe avait brûlé. Et puis Malika, et Agnès, et les commerces partis en fumée. D’Amiens à Rouen, tout ça raconte une humanité abandonnée.</p>
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		<title>L&#8217;histoire d&#8217;un abandon</title>
		<link>https://fakirpresse.info/l-histoire-d-un-abandon/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[François Ruffin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Sep 2023 03:09:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[N°109]]></category>
		<category><![CDATA[Social]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dès les années 50, on savait.<br />
Ce fut, à l’époque, écrit, documenté.<br />
L’alerte fut donnée, mille fois. Face à la « monstruosité » des grands ensembles, « les populations seraient la victime sociale par excellence du XXe siècle ». Soixante-dix ans plus tard, rien (ou si peu) n’a été fait. Ni pour l’éviter, ni pour réparer.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un ouvrage que m’a offert Philippe Rio, le maire de Grigny, le réputé « meilleur maire du monde » (!) : <em>Les Abandonnés</em>, de Xavier de Jarcy. Une enquête historique, presque archéologique, sur la naissance des grands ensembles. Année après année, depuis l’après-guerre, et même l’entre-deux guerres, Xavier de Jarcy épluche les arrêtés des ministères, les revues d’architecture, les débats à l’Assemblée. Et il démonte un cliché (que je partageais). En effet, par les récits recueillis à Amiens, <em>« On a découvert la salle de bain&#8230; avec les voisins, on s’entendait très bien&#8230; »</em>, l’enfance des banlieues me paraissait plutôt heureuse. Leur crise, je la situais plus tard, dans les années 80. À cause du chômage qui monte. De la drogue qui arrive. Des employés qui fuient vers les pavillons. Eh bien non : dès leur création, c’était la cata. Et les décideurs, très vite, ont eux-mêmes compris qu’ils créaient un <em>« monstre »</em> urbain, inhumain&#8230; </p>
<p>Dès 1955, Guy Houist, un ponte des sociétés de HLM, lance l’alerte, réprouve la <em>« ségrégation sociale sous tous ses aspects : classe, groupe, âge, situation de famille, etc. »</em> Et il demande qu’on prévoie les équipements : <em>« magasins, écoles, assistante sociale, médecin de quartier, crèches, dispensaires, lieux de culte, terrains de sport&#8230; »</em> Ces lieux communs seront, jusqu’au bout,  les grands oubliés, sur lesquels les budgets vont rogner. Même les écoles sont livrées en retard, ou pas du tout.</p>
<p>En 1958, Odette Sicard écrit un rapport pour le département de la Seine : <em>« En dehors des heures de classes, le soir et le jeudi, les enfants sont livrés à eux-mêmes (&#8230;) avec tous les risques que cela comporte pour l’avenir de ces jeunes. »</em> En 1959, Georges Hazemann, un médecin, dresse un réquisitoire contre ces <em>« casernes géantes »</em>, <em>« ces</em> « machines à habiter » », [qui] exigeraient, pour palier leur monstruosité, des<em> « antennes communes »</em>, <em>« place des ports »</em>, <em>« jeux pour les enfants »</em>,<em> « locaux pour l’assistance sociale »</em>, <em>« centre pour enfants pré-délinquants »</em>. <em>« Tout ceci est à construire et à entretenir à grands frais »</em>, sans quoi les enfants vont s’en remettre <em>« à la loi du gang, bien différente de la bande de jadis. »</em> </p>
<p>Mais malgré ces alarmes, rien ne change. Au contraire : de ZUP en ZAC, jusqu’aux « villes nouvelles », c’est toujours plus de béton, toujours moins d’humain. Ce paradoxe s’incarne dans une figure : Pierre Sudreau, résistant, inspiré par Antoine de Saint-Exupéry, qui paraît un homme bon, humaniste. C’est lui qui, <em>« commissaire à la construction »</em>, a porté la politique des grands ensembles. Le voilà nommé, après l’arrivée du général de Gaulle, ministre de la Reconstruction. Mais c’est un ministre en proie aux doutes qui s’exprime dans <em>Le Figaro</em> :<em> « Certains grands immeubles, véritables murailles de béton, longs de plusieurs centaines de mètres, hauts de plus de douze étages, annihilent le côté humain de la construction. » En 1961, toujours ministre, il dénonce « la mode – pour ne pas dire une véritable conspiration – qui s’est abattue sur notre pays, et qui a touché les architectes, les constructeurs, et même les maires. »</em> Et au moment de laisser son ministère, en 1962, il s’auto-flagelle :<em> « Lorsque je quitte Paris et que je vois ce que j’ai construit, je suis effrayé. Je n’ai pas réussi. »</em></p>
<p>Le constat, accablant, devient très vite une évidence. La cité des 4000, à La Courneuve, en est un symbole. En 1963, une commission rend un rapport : <em>« S’agissant de la vie quotidienne de milliers de personnes, il ne devrait y avoir aucune place pour les expériences et les abstractions de cette nature. »</em> En 1964, les habitants protestent : <em>« Nous nous devons de crier bien haut notre déception afin d’œuvrer à éviter le renouvellement de semblable erreur. »</em> Et c’est là qu’éclate la première émeute : en 1971, le patron du bar Le Narval, flambant neuf, tue l’un de ses clients, Jean-Pierre Huet, seize ans. Le fait divers devient fait social. De droite ou de gauche, populaire ou intello, la presse est à l’unisson. Combat fustige ces <em>« dortoirs sans vie. »</em> <em>« Pas une fleur, pas un arbre, pas un oiseau »</em>, observe France Soir, un<em> « gigantisme glacé »</em>. Avec ce graffiti, rapporté dans les colonnes des quotidiens :<em> « On n’est pas heureux à La Courneuve. »</em> Signé : <em>« Les jeunes de la Cité. »</em> Des jeunes qui, en guise de loisirs, d’après un éditorial du Monde, <em>« se font sans cesse interpeller par la police »</em>. Après l’enterrement de Jean-Pierre Huet, devenu le symbole d’une jeunesse maltraitée, <em>« cinq cents jeunes armés de pierres et de bâtons »</em> donnent l’assaut au Narval, et blessent une vingtaine de policiers.</p>
<p>Au terme de cette enquête, Xavier de Jarcy en appelle à <em>« une cité débattue par les citoyens et non dessinée par l’administration ou les promoteurs immobiliers. »</em> Qu’en conclure, pour notre part ? Que, dès la naissance de ces grands ensembles, journalistes, urbanistes, médecins, et décideurs eux-mêmes, savaient que cette créature relevait de la <em>« monstruosité »</em>. Les malheurs de la cité, l’enfance abandonnée, la délinquance déjà présente, ou à venir, ils ne les attribuaient pas aux « jeunes » par essence, encore moins à une classe, ni à une couleur de peau, à une religion, mais à leurs <em>« monumentales », « spectaculaires » « fautes ». </em> </p>
<p>Voilà pour le passé, mais au présent ? Quand un clou est planté de travers, un coup de marteau ne suffit pas à le redresser. C’est beaucoup d’énergie qu’il faudra y consacrer, un travail sans fin, sans doute. Là, ce sont des milliers de tours, de barres, dans toutes les métropoles, dans toutes les villes, et même parfois jusqu’aux bourgs, qu’on a plantées de travers, sans souci de l’humain. On n’efface pas le péché originel, parce qu’il ne s’agit pas ici de murs, pas de briques, pas de béton, mais de cette chose qui fut négligée, oubliée, en ce XXe siècle de grands projets prométhéens : l’humain, l’humain d’abord, et qu’on en a jamais fini avec l’humain, avec ses petitesses et parfois sa grandeur.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Être fier, pas en enfer</title>
		<link>https://fakirpresse.info/etre-fier-pas-en-enfer/</link>
					<comments>https://fakirpresse.info/etre-fier-pas-en-enfer/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[François Ruffin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Jul 2023 05:59:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[N°108]]></category>
		<category><![CDATA[Social]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Même si les dos, les vertèbres, les épaules, les cerveaux craquent, ils ne les amélioreront pas, les conditions de vie au travail. Par cynisme politique... </p>
<p>L’article <a href="https://fakirpresse.info/etre-fier-pas-en-enfer/">Être fier, pas en enfer</a> est apparu en premier sur <a href="https://fakirpresse.info">fakirpresse.info</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>«<em>J’ai entendu dans les manifestations une opposition à la réforme des retraites, mais aussi une volonté de retrouver du sens dans son travail, d’en améliorer les conditions.</em> »</p>
<p>C’était du Macron, le 17 avril dernier. Et son porte‑parole, Gabriel Attal, se disait lui aussi fort préoccupé par « <em>le bien‑être au travail</em> ». Et même Bruno Le Maire donnait dans le trémolo : il comprenait « <em>la colère des Français qui se questionnent sur la finalité de leur travail</em> ».<br />
Du coup, tout le gouvernement s’activerait à un « <em>pacte de la vie au travail</em> ». Pour «<em>améliorer les revenus</em> », « <em>faire progresser les carrières</em> », « <em>mieux partager les richesses </em> », «<em>aider à la reconversion</em> », « <em>améliorer les conditions de travail</em> », « <em>trouver des solutions à l’usure professionnelle</em> »… Rien que ça. C’était formidable. Deux années de plus, dans le paradis réformé qu’ils nous promettaient, ça ne compterait plus, ce serait léger. Mais bon, finalement, ce mois de juin, ils n’ont pas lancé les « <em>États Généraux du travail</em> ». Non, plutôt les « <em>Assises de la dépense publique</em> ». Avec cette bonne idée à la clé : « <em>Ouvrir un chantier pour limiter les arrêts maladie.</em> » Et le patron du Medef applaudissait : « <em>Il y a trop d’arrêts de travail de complaisance en France. Surtout chez les jeunes.</em> » De la faute des malades, bien sûr. Des travailleurs. Et des jeunes. Des petites natures, tous ces feignants.</p>
<p><strong>Que cherchent‑ils ? </strong><br />
Des petites économies, certes, sans doute. Mais surtout, des gains politiques, cyniques. Durant les retraites, nous avons retrouvé une « <em>bipartition de l’espace social</em> » : nous, contre eux. Nous, les travailleurs, nous, le bas, nous rassemblés, deux tiers des Français, quatre cinquièmes des salariés, tous les syndicats unis, des millions dans la rue, contre eux, eux en haut, eux à Paris, et en vérité : nous tous contre Macron, presque seul. Il leur fallait, à la Macronie, à la droite, le plus vite possible, casser cette unité. Retrouver « <em>la tripartition de l’espace social</em> » : nous, eux, ils.<br />
« <em>Ils</em> », en bas. Les cas sociaux. Les immigrés. Les fraudeurs. D’où, très vite, Le Maire qui s’en prend aux mandats envoyés à l’étranger. D’où Ciotti‑Retailleau‑Marleix et leur tribune sur l’immigration. D’où Attal sur la fraude sociale. D’où, enfin, les arrêts maladie. Que les regards de la France du milieu se tournent vers le bas. Qu’on stimule la petite jalousie. Et qu’on oublie le haut&#8230;</p>
<p><em>« La médecine du travail, nous‑mêmes, on conseille aux gars de rien leur dire</em>, me raconte un syndicaliste Goodyear‑Dunlop. — <em>Pourquoi ?</em> — <em>Eh bien, s’il leur dit qu’il souffre du dos, ou de n’importe où, le médecin il fait quoi ? Il recommande un poste adapté. C’est son boulot. Le gars revient avec son papier, sauf que la direction répond :</em> « Des postes adaptés, il n’y en a plus… »<br />
<em>Et du coup, ils le licencient pour inaptitude. On en a au moins un ou deux par mois, des comme ça. C’est la double peine : le boulot les fait souffrir, et on les vire à cause de ça. Faut souffrir en silence. Moi, je me suis fait opérer quatre fois du dos, mais je ne le dis pas. — Moi, j’attends la retraite pour passer sur le billard.</em> » Je n’ai recueilli que ça, comme témoignages, durant le conflit sur les retraites : des dos, des épaules, des vertèbres, des hanches usées. C’est une épidémie. </p>
<p>Est‑ce que le terrain me mentait ? Ce matin, à ma permanence, j’organisais une table ronde là‑dessus, avec des Auchan, Airbus, Verrescence, Sanef. L’Inspection du travail m’a fait parvenir une statistique : entre 2017 et 2020, le taux d’inaptitude est passé de 4 à 6 pour mille. Plus 50 %, en trois ans. À cause, à la fois, d’un travail qui s’est durci. Et d’une facilité juridique, aussi, pour les entreprises, grâce aux ordonnances Macron, aux lois El Khomri. J’ai souvent cité une note de la Dares, du ministère du Travail. En 1984, 12 % des salariés subissaient une triple contrainte physique : se baisser, porter des charges, répéter le même geste, etc. On pourrait croire que, avec quarante années de numérique, d’informatique, de mécanique, tout cela s’est allégé ? C’est la start‑up nation, non ? Eh bien, au contraire : de 12 %, ce taux est passé à 34 %. Il a presque triplé. Et il s’élève à 60 % chez les ouvriers (contre 23 % auparavant). </p>
<p>C’était contre‑intuitif, ça ne collait pas au « progrès ». Même moi, j’étais surpris. Mais pas Christine Erhel, économiste : « <em>Tous les chercheurs, tous les sociologues du travail le savent, le disent : le travail s’est intensifié, des centres d’appels aux ateliers de logistique, on ne laisse plus les salariés respirer. </em> » C’est l’autre statistique. En 1984, 6 % des salariés subissaient une triple contrainte psychique (mener plusieurs tâches en même temps, etc.)<br />
C’est désormais 35 %. « <em>Avant, compare un délégué Airbus, les maladies, ça venait vers 50‑55 ans. Maintenant, c’est descendu à 40‑45. Et on a Dédé, 31 ans, il a les épaules flinguées, il est foutu. Aujourd’hui, tout est optimisé, sa perceuse pend devant lui, il ne perd plus une seconde. Mais résultat, il n’y a plus aucun temps de relâchement. — C’est pareil pour nous, enchaîne un délégué d’Auchan : il n’y a plus de temps mort. Ils appellent ça le</em> « modèle organisationnel. »<br />
<em>Avant, tu gérais un rayon, tu faisais du remplissage, tu gérais les stocks, tu changeais les prix. C’était varié, et tu avais ton territoire : le gars de la crémerie était fier de bien tenir sa partie. Maintenant, tu ne fais plus que du remplissage, dans tous les rayons, de tout le magasin. Tu bourres tu bourres tu bourres. Et un autre passe le soir qui met des étiquettes partout. Ils nous ont dit, à la présentation,</em> « c’est la fin des temps morts ». <em>C’est ça qui m’a le plus marqué.</em> »  </p>
<p>Ces épaules, vertèbres, en miettes, c’est très concret. Mais c’est aussi une métaphore : celle du travail écrasé. Écrasé depuis quarante ans. Et Macron, bien sûr, ne résoudra rien de tout ça. La crise du travail va empirer encore, souterraine, explosive. C’est à nous de libérer le travail. Une gauche populaire, c’est une gauche du travail. Qui énonce simplement : les Français, les habitants de ce pays, doivent vivre de leur travail. Pas en survivre, en vivre bien. Et bien le vivre, aussi. Qui rappelle qu’après l’effort vient le réconfort : les week‑ends vraiment chômés, les vacances où l’on respire, la retraite avant l’usure. Et qui pose en son cœur le « travailler mieux » : son travail, on doit en être fier, pas le supporter comme un enfer. Voilà le programme. </p>
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		<title>Transformer l’indifférence</title>
		<link>https://fakirpresse.info/transformer-l-indifference/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[François Ruffin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Apr 2023 11:16:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnets de Bord]]></category>
		<category><![CDATA[Luttes]]></category>
		<category><![CDATA[N°107]]></category>
		<category><![CDATA[Reportages]]></category>
		<category><![CDATA[abonnés]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans cette contre‑réforme des retraites, il y a l&#8217;injustice de la mesure qui touche des corps déjà usés, des esprits déjà burn‑outés, ces femmes, ces hommes qui tiennent le pays debout. Mais même au‑delà : Macron fait mal à la France.</p>
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		<title>La preuve par la betterave</title>
		<link>https://fakirpresse.info/la-preuve-par-la-betterave/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[François Ruffin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Apr 2023 09:22:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[N°107]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce que la France faisait, il y deux siècles, en pressant des betteraves, la France ne saurait pas le refaire aujourd’hui ? Nos dirigeants sont donc si mauvais que ça ? Ou plutôt : si ridicules ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Je menais des recherches, rapides, sur la betterave, sur la mondialisation dans la betterave, et je suis tombé sur une anecdote optimiste. Alors bon, par les temps gris qui courent, je m’empresse de vous la raconter. Même si elle date de deux siècles et plus…<br />
Sous la Révolution, puis sous Napoléon, la guerre avec l’Angleterre est aussi une guerre commerciale. L’Empereur a instauré un blocus continental : leurs marchandises ne peuvent plus débarquer en Europe, mais les Britanniques ont répliqué par un blocus de nos îles, et nous ne pouvons plus importer de coton, de café, de tabac, et surtout de sucre depuis les Antilles esclavagistes. Les Français, et notamment les riches Français, sont alors accros au glucose, une vraie came (on l’a scientifiquement mesuré depuis), à tel point qu’ils s’en pourrissent les dents, qu’ils font la fortune des dentistes. Les voilà rationnés, sevrés. </p>
<p>C’est alors qu’on se souvient de cette plante, là, la betterave. Le père de l’agronomie française, Olivier de Serres, avait déjà repéré, en 1575, qu’on pouvait en extraire du sucre. Des chimistes allemands en avaient bien cristallisé des morceaux, mais dans un labo, au compte‑gouttes. De Madrid à Berlin, de l’Académie des Sciences à l’école de Médecine, les chercheurs de toute l’Europe sont lancés dans une « saccharomanie ». On approche du but, semble‑t‑il. En mars 1811, Napoléon promet un million de francs à qui produira le premier pain de sucre. Ça ne traîne pas : dès le 2 janvier 1812, on lui en apporte un dans son palais. L’Empereur accourt alors aussitôt dans l’usine du miracle, à Passy, et d’émotion, il arrache sa propre Légion d’honneur et la colle sur le torse de l’industriel, Benjamin Delessert, le fait baron le soir même. Mais c’est la suite, avant tout, qui vaut le coup : dès le 15 janvier, des décrets sont pris. Pour que cent étudiants, de chimie, de médecine, de pharmacie, soient formés à distiller du sucre de betteraves, et l’on crée trois écoles spécialisées. Pour que cinq fabriques impériales soient ouvertes, plus cinq cents fermes‑distilleries. Pour que cent mille hectares de betteraves soient cultivés…<br />
Ça fait du bien, non, ce volontarisme ? Tous les moyens, scientifiques, industriels, étatiques, tous ces moyens rassemblés pour surmonter un défi ? Combien on aurait besoin de la même chose, aujourd’hui, pour affronter la crise climatique ? Les mêmes volontés, unies, pour transformer nos logements, nos déplacements, notre agriculture, notre industrie ? Et combien, à la place, on éprouve un enlisement…</p>
<p>Il nous faudrait un nouveau Jarry.<br />
Vraiment, sérieusement, j’en appelle aux talents du théâtre, du cinéma, de la comédie : l’ère Macron réclame son Ubu roi, ou Ubu président.<br />
Devant l’absurdité du moment présent, devant leur nullité, les syndicalistes, élus, intellectuels, ont beau s’y mettre en ribambelle, chacun y allant, à sa manière, de son <em>« Vous faites pitié »</em>, on le sent bien : les armes de la critique, de la raison, de l’indignation, sont émoussées. Elles ne tranchent pas assez. Elles ne se placent pas à la bonne hauteur : le ridicule doit se traiter par le ridicule, la dérision pour le dérisoire.</p>
<p>Imaginez.<br />
On vous raconterait ça :<br />
Qu’un pays aurait traversé deux années de crise sanitaire, avec des confinements, déconfinements, reconfinements, que malgré le virus dans l’air on aurait fait travailler les manants sans protection, en leur promettant pour après <em>« reconnaissance »</em> et <em>« rémunération »</em>, mais que après, sans répit ni repos, on aurait enchaîné avec une guerre sur le continent, avec les prix qui galopent, avec les factures qui explosent, et qu’au milieu de ce bazar, le Président se serait dit : <em>« Tiens, l’urgence, là, maintenant, pour mon peuple, c’est de repousser la retraite de deux ans »</em>, ça serait marrant, nan ?<br />
Imaginez encore.<br />
Que dans ce pays, l’hôpital soit en lambeaux, que le rail déraille, que des médicaments soient en pénurie dans les pharmacies, qu&rsquo;on manque d’enseignants, de puéricultrices dans les crèches, que même les centrales nucléaires peinent à trouver des soudeurs, etc., et là, le Président déclarerait :<em> « Ma priorité des priorités, c’est d’économiser 0,1 point de PIB à l’horizon 2030 »</em>, c’est pas comique ça ?</p>
<p>Imaginez toujours.<br />
Que, dans ce pays, comme dans tous les pays du monde, on se prépare à des canicules, à des inondations, à des sécheresses, à des feux de forêt, à des récoltes en dents de scie, mais que justement, non, on ne s’y prépare pas, qu’à la place, le sommet de l’état annoncerait :<em> « Passer de 62 à 64 ans l’âge de départ, voilà mon ambition réformatrice ! »</em>, c’est pas drôle, ça ?<br />
Imaginez enfin.<br />
Que, dans ce pays, jamais l’extrême droite ne se soit révélée aussi forte, 41 % à la présidentielle, 89 députés au Parlement, que le Président, lui, n’ait obtenu qu’une majorité de raccroc, de bidouillages, de bricolages, et que malgré ça, il se sente tout‑puissant, <em>« la République, c’est moi qui décide ! »</em>, contre tous les syndicats unis, contre des manifestants par millions, contre l’Assemblée privée de vote, et qu’il vanterait néanmoins <em>« le cheminement démocratique »</em>, c’est pas tordant, ça ?<br />
Et à la fin, partout où il va, les casseroles résonnent autour, tels les grelots du bouffon.<br />
Parce qu’on a cette impression : que chez Macron, le président est remplacé par son bouffon. Un bouffon tragique.</p>
<p>Dès l’automne, j’avais écrit sur cette « folie ».<br />
Sur la folie de cette injustice, de faire ça, maintenant, sur des esprits usés, épuisés. J’étais prudent, pourtant, toujours inquiet : <em>« Je ne prédis aucun mouvement géant. On verra bien. Nul n’est prophète en la matière. Et il est possible que la force de résignation l’emporte, au final. »</em><br />
Eh bien, la force de résignation ne l’a pas emporté. Notre peuple a démontré, à nouveau, sa vitalité. Le corps social n’est pas plongé dans l’apathie, il refuse, il renâcle, bien vivant. Même un 49.3 ne le mate pas.<br />
C’est un motif d’espoir, bien sûr, pour la suite, cette énergie, cette énergie populaire. Cette énergie pour s’opposer à un chemin mortifère. Cette énergie pour, demain, sortir notre pays de l’enlisement, de l’ornière où nos dirigeants – qui ne dirigent plus, qui ne dirigent plus que vers leur néant – où nos dirigeants nous enfoncent. Pour faire avec le sorgho, pour faire avec les passoires thermiques, pour faire avec le ferroutage, pour faire un « plan betteraves » géant !</p>
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		<title>CGT‑boulangers‑bouchers‑maires‑patronat, même combat !</title>
		<link>https://fakirpresse.info/cgt-boulangers-bouchers-maires-patronat-meme-combat/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[François Ruffin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Mar 2023 10:19:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnets de Bord]]></category>
		<category><![CDATA[N°106]]></category>
		<category><![CDATA[Reportages]]></category>
		<category><![CDATA[Social]]></category>
		<category><![CDATA[abonnés]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Des factures qui explosent. Des tarifs déréglementés, laissés au marché. Partout, du locataire au boulanger, du boucher à l&#8217;industriel, jusqu&#8217;au patron du Medef, c&#8217;est le même refrain…</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Des factures qui explosent. Des tarifs déréglementés, laissés au marché. Partout, du locataire au boulanger, du boucher à l&rsquo;industriel, jusqu&rsquo;au patron du Medef, c&rsquo;est le même refrain…</p>
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		<title>Le naufrage (sans eau) d&#8217;une élite</title>
		<link>https://fakirpresse.info/le-naufrage-sans-eau-d-une-elite/</link>
					<comments>https://fakirpresse.info/le-naufrage-sans-eau-d-une-elite/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[François Ruffin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Mar 2023 07:44:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditos]]></category>
		<category><![CDATA[N°106]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« 31e jour sans pluie en France, un record historique... », annonçait la radio, alors que je partais pour mon footing. Les bords de la rivière allaient me ramener à la mesquinerie de nos élites, de leur « projet » pour le pays… </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>« Qu’est‑ce qui se passe avec la Somme ? Vous savez si on l’a délestée, ou quoi, pour qu’elle soit aussi basse ? »</em><br />
De retour de l’Assemblée, je courais sur le chemin de halage, à Amiens, le long des hortillons. Et le niveau de l’eau m’effarait : sur les bords, les racines des roseaux apparaissaient à l’air. Dans les rieux alentours, c’était pire : que de la vase, les barques ne pourraient pas circuler. Comme arrivait une voiture orange du Département, j’arrêtais le conducteur : <em>« Il se passe quoi, d’après vous ? »</em> Oui, c’était bien bas, me confirmaient les gars, mais ils ne savaient pas : le manque de pluie sans doute, la sécheresse déjà, en Picardie, au mois de février. De retour chez moi, j’écrivais au préfet : <em>« Des réunions sont‑elles prévues pour une gestion de l’eau au moins pire ? »</em></p>
<p>Vous imaginez ça ? La sécheresse, au mois de février, en Picardie ! Et moi qui répète à mes enfants : <em>« La pluie, c’est la vie ! »</em> Moi qui me souviens, dans mon enfance à moi, des terres grasses, boueuses du Santerre, et qui la regarde, désormais, sèche, friable, en voie de devenir du sable. Moi qui me souviens des diapos de quand j’étais gosse, des photos d’oueds à sec que mes parents avaient ramenées d’Algérie, et qui mesurais ma chance, notre chance, d’avoir de l’eau à volonté, de l’eau au robinet, moi qui, depuis, redoute ça, le pire du pire, le Sahel, que nos nappes phréatiques, nos rivières, s’assèchent, se transforment à leur tour en oueds. Lisant <em>Terre des hommes</em>, d’Antoine de Saint‑Exupéry, je suis tombé sur ces pages, que j’ai vraiment trouvées formidables, et que j’aimerais vous partager ici. L’auteur échange  avec des touaregs, au milieu du désert :</p>
<p><em>« « Tu sais… le Dieu des Français… Il est plus généreux pour les Français que le Dieu des Maures pour les Maures ! »</em><br />
Quelques semaines auparavant, on les promenait en Savoie. Leur guide les a conduits en face d’une lourde cascade, une sorte de colonne tressée et qui grondait. Et c’était de l’eau douce. L’eau ! Combien faut‑il de jours de marche, ici, pour atteindre le puits le plus proche et, si on le trouve, combien d’heures, pour creuser le sable dont il est rempli, jusqu’à une boue mêlée d’urine de chameau ! L’eau ! à Cap Juby, à Cisneros, à Port‑étienne, les petits des Maures ne quêtent pas d’argent, mais une boîte de conserve en mains, ils quêtent l’eau :<br />
<em>« Donne un peu d’eau, donne…</em><br />
<em>— Si tu es sage. »</em><br />
L’eau qui vaut son poids d’or, l’eau dont la moindre goutte tire du sable l’étincelle verte d’un brin d’herbe. S’il a plu quelque part, un grand exode anime le Sahara. Les tribus montent vers l’herbe qui poussera trois cents kilomètres plus loin… Et cette eau, si avare, dont il n’était pas tombé une goutte à Port‑Étienne, depuis dix ans, grondait là‑bas, comme si, d’une citerne crevée, se répandaient les provisions du monde.<br />
<em>« Repartons »</em>, leur disait leur guide.<br />
Mais ils ne bougeaient pas :<br />
<em>« Laisse‑nous encore… »</em><br />
Ils se taisaient, ils assistaient graves, muets, à ce déroulement d’un mystère solennel. Ce qui croulait ainsi, hors du ventre de la montagne, c’était la vie, c’était le sang même des hommes. Le débit d’une seconde eût ressuscité des caravanes entières, qui, ivres de soif, s’étaient enfoncées, à jamais, dans l’infini des lacs de sel et des mirages. Dieu, ici, se manifestait : on ne pouvait pas lui tourner le dos. Dieu ouvrait ses écluses et montrait sa puissance : les trois Maures demeuraient immobiles.<br />
<em>« Que verrez‑vous de plus ? Venez…<br />
— Il faut attendre.<br />
— Attendre quoi ?<br />
— La fin. »</em><br />
Ils voulaient attendre l’heure où Dieu se fatiguerait de sa folie. Il se repent vite, il est avare.<br />
<em>« Mais cette eau coule depuis mille ans !… »</em><br />
Aussi, ce soir, n’insistent‑ils pas sur la cascade. Il vaut mieux taire certains miracles. Il vaut même mieux n’y pas trop songer, sinon l’on ne comprend plus rien. Sinon l’on doute de Dieu…<br />
— Le Dieu des Français, vois‑tu&#8230; »</p>
<p>Mais le Dieu des Picards deviendra‑t‑il avare, pour nous aussi ? Ou n’est‑ce qu’une affaire d’hommes, une terre des hommes ?<br />
C’est là‑dessus que le politique devrait réfléchir, agir. Quels usages sont prioritaires, lesquels non ? Est‑ce qu’on répare les canalisations ? Comment on adapte l’agriculture ? Passe‑t‑on du maïs au sorgho ?<br />
Voilà à quoi nous devrions consacrer nos intelligences, nos savoir‑faire, notre main d’œuvre. Voilà qui devrait animer notre démocratie : comment fait‑on pour adapter notre société toute entière, pour transformer notre pays, face à ce gigantesque défi.<br />
Et à la place, Macron fait quoi ? Quelle est l’urgence, sa priorité ? Son machin sur les retraites, deux ans de plus, les gens pas contents, les cœurs pleins de ressentiment, quand il faudrait soulever la patrie d’un formidable élan. Et tout ça pour, d’après la Direction générale du Trésor, tout ça pour économiser 0,1 point de PIB : telle est sa <em>« vaste ambition réformatrice »</em>, sa <em>« mère des réformes »</em>. Misère !</p>
<p>Ils font pitié. Ils font pitié, tant ils sont petits, mesquins, ridicules. Ils font pitié, comparés à l’ampleur de notre tâche, comparés à la grandeur, à l’imagination, au courage qu’exige cette tragédie au long cours (mais de plus en plus court). C’est le naufrage d’une « élite » : en quoi sont‑ils encore <em>« les personnes les plus remarquables »</em> (<em>Le Petit Robert</em>) ? En quoi méritent‑ils encore, dès lors,<em> « par leur valeur, d’en occuper le premier rang »</em> (<em>Le Petit Robert</em>, toujours) ?<br />
C’est là qu’il nous faut un grand remplacement !</p>
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		<title>Le début du chemin</title>
		<link>https://fakirpresse.info/le-debut-du-chemin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[François Ruffin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Mar 2023 05:34:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnets de Bord]]></category>
		<category><![CDATA[N°106]]></category>
		<category><![CDATA[Reportages]]></category>
		<category><![CDATA[abonnés]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Qu’est‑ce qui a transpiré, le 19 janvier dernier et si souvent depuis, dans les villes, grandes, moyennes, petites, dans les villages, sur les ronds‑points qui ont manifesté contre le projet de loi sur les retraites ? La force du réel. Et du peuple.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Qu’est‑ce qui a transpiré, le 19 janvier dernier et si souvent depuis, dans les villes, grandes, moyennes, petites, dans les villages, sur les ronds‑points qui ont manifesté contre le projet de loi sur les retraites ? La force du réel. Et du peuple.</p>
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