« Morad, la cinquantaine, décédé le 17 décembre à Marseille... Patricia, 57 ans, décédée le 30 décembre, à Toulon… » Dans cette grande salle du tiers-lieu la Césure, dans le Ve arrondissement de Paris, les éléments semblent disposés comme dans un musée. Des bâches à même le sol, chacune représentant une région française par ses fins contours. Dessus sont empilées des boîtes en carton, elles-mêmes recouvertes de roses et de bougies. Mais surtout, scotchées à l’ensemble, des feuilles de papier, chacune renseignant un nom, un âge, une date et une ville. à l'une des extrémités de la salle, plusieurs personnes se relaient pour répéter ces mêmes noms, justement, dans un micro : « Gilles, 75 ans, le 30 décembre, à Nice. Stéphane, 49 ans, le 30 décembre, à Nice… »
Plus qu'un musée, on est surtout dans une sorte de cimetière, construit ce mardi 2 juin par les membres du collectif des Morts de la Rue, pour faire vivre la mémoire et rendre hommage aux 929 personnes sans-abri mortes dans les rues françaises en 2025. Morad, Gilles, Stéphane et Patricia ne sont donc plus parmi nous : leurs âges et les dates de leur disparition résonnent donc comme des faire-part de décès.
Près de l'entrée, je tombe sur un stand de l'association qui semble vendre des roses et des bougies. Je sors mon porte-monnaie. « Non, c'est gratuit ! », me dit une membre, qui me tend une fleur. « Vous pouvez déposer cette rose là



