« J’espère qu’un jour je pourrai raconter cette lutte à mes enfants. Dire que j’y étais. Que je me suis battue. Qu’on a tenu. Pas seulement pour nous, pas juste pour un métier, pour une vision de l’humain. » En m’envoyant une vidéo de Jenny, Jason un camarade de Poitiers, m’a mis au courant de la lutte des soignantes de l’Ehpad des Feuillants : « tu penses pouvoir raconter leur lutte et relayer la caisse de grève, pour leur donner de la force ? » Dur de refuser... Alors direction Poitiers, à la rencontre de sacrées guerrières.

« 17 kilomètres en une journée de boulot : j’ai perdu huit kilos en deux mois ! »
« C’est notre cinquante-cinquième jour de grève. La colère monte. Nous, les salariées, on ne peut plus venir la boule au ventre le matin. J’avais envie de partir des Feuillants mais quitte à me plaindre, avant de me barrer, autant me battre. Du coup je suis élue depuis septembre, sans formation syndicale. Je fais bonne figure comme je suis déléguée, mais toutes les salariées me disent leur mal-être. Le mien, je le mets de côté, pour faire face. » Léa, vingt-huit ans, les yeux bleus, un piercing au nez, des grandes lunettes marron, parle avec le débit d’une mitraillette. Elle a commencé à bosser ici à dix-huit ans. Les Feuillants, c’est son premier boulot. On ne dirait pas un Ehpad, mais un grand monastère du Moyen Âge. « Avant il y avait des sœurs ici, c’était un couven



