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Journal fâché avec tout le monde. Ou presque.

Rentrée : « Ne lâchez rien de ces combats ! », ou quand Emmanuel Macron fait rire le monde scolaire.

Le Président n’a plus grand-chose d’autre à faire que s’auto-complimenter. Quitte à déformer la réalité, en cette période de rentrée scolaire…

Publié le 8 septembre 2026

« La sagesse l’a emporté ! »

C’est le président Macron qui se félicite ainsi, au début de la conférence nationale du handicap 2026 qui se tenait vendredi dernier, à Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Le grand raout a été décalé de quelques semaines, en raison des « chaleurs » du mois de juillet, dit-il. On n’allait quand même pas sabrer le champagne par 40°C ! Non : mieux valait attendre la rentrée scolaire pour se féliciter du « chemin parcouru », pour tous les élèves en situation de handicap. « Pour les accompagner, la nation a triplé le nombre d’AESH, passé de 43 000 à plus de 140 000 sur le territoire, avec un travail aussi qui continue pour améliorer leurs conditions de travail, de rémunération, leur statut », se gargarisait le chef de l’État.

C’est drôle, les différences de points de vue.
Parce qu’au même moment, le SNES-FSU, syndicat majoritaire du second degré dans l’enseignement, publiait les résultats de sa propre enquête de rentrée, menée dans 1033 établissements. Et leur bilan est moins engageant que le lyrisme macronien. Selon leur décompte, il manquait au moins un professeur dans 53 % des collèges et des lycées le jour de la rentrée, et au moins une AESH dans 17 % des établissements – les AESH, ce sont justement les accompagnantes d’élèves en situation de handicap, celles dont « la nation a triplé » l’effectif. Et le féminin est de rigueur : ce sont des femmes, à 94 %. Les propres études du ministère (plus précisément de sa DEPP, sa Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) montrent le décalage entre la satisfaction affichée et le ressenti dans les établissements : les AESH expriment un manque de considération de la part de l’institution (près de 78 % ne se sentent pas considérées par le ministère). Elles affirment suivre plus d’élèves que la prescription initiale, et travailler au-delà des horaires prévus. Et 36 % estiment ne pas avoir assez de collègues pour effectuer correctement leur travail… Cerise sur le gâteau : elles gagnent en moyenne 1030 euros net par mois – alors que 46 % d’entre elles ont un bac+2 ou bac+4.

A la fin de son discours, à Bobigny, le président lance pourtant une salve de remerciements : « Merci à chacune et chacun d’entre vous pour votre engagement, et ne lâchez rien de ces combats, ils sont justes et ils sont beaux. » A Fakir, on le prend pour nous, mais pas question de s’endormir sur nos lauriers : pour le champagne, on attendra a minima que Françoise, AESH dans le Puy-de-Dôme, obtienne un statut moins précaire pour exercer au mieux son travail auprès des élèves.

Françoise ?

On vous avait raconté son histoire, et celles des gamins qu’elle accompagne au quotidien, il y a quelques mois dans le journal.

On vous rafraîchit la mémoire.

Ça avait commencé par un mail…

« Bonjour Fakir.

Je suis AESH depuis 8 ans dans le Puy-de-Dôme. Je voudrais vous informer d’une annonce importante. En effet, Marie-Pierre Monier, Sénatrice, va proposer un projet pour donner un vrai statut aux AESH. Je sais que vous connaissez les conditions salariales des AESH et il est temps que ça change. C’est une opportunité que j’aimerais saisir. Je vais demander à un maximum de contacts d’envoyer un mail à ces sénateurs pour leur demander de soutenir ce projet… ça peut bouger. Je vous remercie de votre soutien. »

On avait noté l’info, oui. Mais n’empêche : nos lectrices sont vraiment les meilleures.

On a rappelé Françoise, 60 ans aujourd’hui, et on a commencé à causer, d’abord de son « parcours assez chaotique », qui décrit bien les secousses du monde du travail. À la fin des années 1980, elle bosse dans une imprimerie parisienne multi-centenaire, aujourd’hui disparue – « merci Internet ». S’ensuit une période de chômage, un déménagement loin de la capitale et une reconversion comme agricultrice, du maraîchage bio qui ne dure qu’un temps, jusqu’à ce que son conjoint soit lui aussi licencié. Avec deux enfants, pas possible de continuer dans un secteur qui demande autant d’énergie pour aussi peu de revenus. Françoise doit alors abandonner l’agriculture, et commence à bosser dans une mairie où les chefs « le sont à l’ancienneté, pas à la compétence, un milieu d’hommes où les idées des femmes indépendantes sont mal vues ». Alors, « au bout de dix ans, pour éviter le placard ou le burn out, j’ai démissionné. J’avais cinquante ans, je voulais un travail qui ait du sens, et je suis tombée sur une proposition dans une école à côté de chez moi pour devenir AESH : accompagnante d’enfants en situation de handicap. Je savais qu’il n’y avait pas une grosse rémunération à la clé mais je ne faisais pas ça pour l’argent, et j’avais appris à faire avec peu. Il suffisait d’envoyer une petite lettre de motivation. À l’époque il fallait qu’on ait le bac pour être embauchées, maintenant même plus : ils prennent toutes les personnes qui postulent tellement il y a de besoins. D’autant que le gros problème c’est qu’il n’y a pas de formation. Moi j’ai compris le métier au fur et à mesure des années, en changeant d’école. On ne va pas se mentir : c’est un boulot, je ne dis même pas un ‘‘métier’’ mais un ‘‘boulot’’, que les femmes, et de plus en plus d’hommes aujourd’hui, prennent parce qu’elles n’ont rien d’autre. C’est tellement précaire… Les gens ne restent pas. Le turn-over est terrible. Et pourtant, je pourrais vous envoyer la grille des rémunérations, c’est une catastrophe. On est payées au Smic, sur 24 heures maximum. Donc au bout de quinze ans d’expérience, on peut espérer un salaire d’environ 1000 euros brut mensuels… »

Lire la suite : « AESH : le fauteuil de Solène et celui de Gérard. »

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