« On aimerait que ce procès soit celui du capitalisme de connivence ! », s’est indigné Jean-Charles Naouri, à la barre du tribunal, ce mercredi 1er octobre.
Ben oui, Jean-Charles.
Évidemment.
Bien sûr, qu’on aimerait, tant le scandale Casino, les scandales Casino, devrait-on écrire, le symbolisent, l’incarnent, ce « capitalisme de connivence ».
Qu’on résume l’affaire, ici : après avoir été le fer de la lance de la dérégulation à tout crin des marchés financiers entre 1982 et 1986, quand il œuvrait au ministère des Finances, Jean-Charles Naouri passe dans le privé – beau retour sur investissement. Il passera près de trois décennies à la direction du groupe Casino. En trente ans de gestion, Naouri, ce « grand capitaine d’industrie » y creuse une dette abyssale, une dette gagée sur ses propres actions. Il faut donc en faire remonter le cours, à tout prix. Ce qui se fera, selon l’autorité des marchés financiers, à coups d’« informations fausses ou trompeuses susceptibles de fixer le cours à un niveau anormal ou artificiel », « d’intention frauduleuse des dirigeants et cadres de Casino » et de « feuilleton manipulatoire ».
Bref : l’AMF avertit le Parquet national financier, et voilà comment, après plusieurs années d’instruction, Naouri et quatre autres prévenus se retrouvent à la barre du tribunal.
Bon.
C’est technique, tout ça, vous vous dites ?
Non.
Je vous jure que non. Parce que derrière, il y a des vies, des gens, des drames, des drames terribles, souvent. Parce que ce scandale en cache de pires, qu’on vous avait révélés, dans Fakir. Parce que pour présenter des résultats annuels positifs à ses créanciers, et masquer son endettement, le groupe dirigé par JeanCharles Naouri manipulait, extorquait ses petits gérants, petits franchisés.
Dont Thierry, qu’on avait rencontré.
« Je me suis souvent demandé si j’arriverais à tenir. Parce que, pour parler de cette affaire, faut commencer par mettre sa tête sur le billot… J’ai fait un burn out, un malaise en conduisant sur l’autoroute, j’ai dû aller à l’hôpital. Aujourd’hui j’ai 35 ans, trois enfants, je ne les vois quasiment jamais, et ma situation elle est… chaotique, on va dire. C’est jamais sans conséquences, ces affaires là. On y laisse des plumes… »
On s’est dit que c’était une bonne occasion de vous remettre, ici (et en accès libre !) notre vaste enquête sur Casino, Intermarché, Carrefour et la grande distribution.
Parce qu’ils étranglent les clients – les Français. Ils étranglent leurs propres salariés, leurs gérants. Ils étranglent leurs fournisseurs. Ils étranglent, même, les comptes publics. Tout ça avec la bénédiction de nos dirigeants… Bienvenue dans le monde merveilleux de l’inflation, des négo bidons, des malversations. Bienvenue dans le monde de la grande distribution…
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« Et là, les billets ont commencé à tomber du ciel, pour soutenir la lutte des grévistes.
– Nan mais c’est quoi cette histoire ? Ça n’arrive qu’à la télé, ça. T’as trop regardé La Casa de Papel !
– Si, je te jure. Je crois que les gens n’en peuvent plus, de l’inflation et des marges de la grande distribution, du coup ça donne des réactions comme ça.
– Bon ben écoute, faut aller voir sur place… »
Guillaume me racontait des scènes dont il avait entendu parler du côté de Champigny, en banlieue parisienne. J’y croyais qu’à moitié, alors je l’ai envoyé voir sur place…



