« Un texte pour la liberté, le pouvoir d’achat, pour nos artisans » ! « 75 % des Français souhaitent pouvoir travailler le 1ermai » ! De Gabriel Attal à Jordan Bardella, les partis de droite, de LR à la Macronie, et d’extrême droite ont défendu comme un seul homme le projet de loi pour autoriser le travail des salariés le 1ermai. Unis, comme à leur habitude quand il s’agit de défendre le Capital. Et comme d’habitude, leurs mensonges ont bien failli porter leurs fruits. Passé en force à l’Assemblée via une désormais classique motion de rejet préalable (ou tour de passe-passe pour que le projet soit adopté plus vite), le texte devait être étudié en commission mixte paritaire pour s’appliquer, du moins en rêvaient-ils, dès le 1ermai 2026. Mais après une rencontre avec les représentants syndicaux lundi 13 avril, et après la mobilisation des partis de gauche, pour une fois sur la même ligne, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a fini par céder. Le seul jour obligatoirement férié, chômé et payé du calendrier français le restera… au moins jusqu’à l’an prochain ! Car le gouvernement a promis de remettre le sujet sur la table d’ici mai 2027…
Aussi jouissive et importante soit-elle, la victoire reste donc fragile. Parce que les arguments en faveur du projet de loi sont particulièrement trompeurs. Quand Attal (qui, formidable imposture, n’a jamais bossé de sa vie, comme on vous le racontait en miroir dans notre article, « Amicalement (pas) vôtre », à lire en accès libre ici) et ses clones tentent d’émouvoir les Français avec les boulangeries, les fleuristes et les autres petits commerces qui ne peuvent pas faire travailler leurs salariés le 1ermai, ils jouent en réalité le jeu des grands groupes. On l’a vu par le passé avec le travail le dimanche, l’auto-entrepreneuriat, les travailleurs des plateformes : quand on entrebâille la porte à un contournement de la loi, les grands groupes et multinationales la défoncent, entrent aussi par la fenêtre, imposent leurs conditions, et banalisent la violation du droit des travailleurs – sous le sourire ravi des élus qui ont initié le mouvement.
Il faudra rester mobilisés : ils reviendront à la charge.
Dans le viseur du gouvernement, le 1ermai férié est pourtant le fruit d’un incroyable combat arraché dans le sang il y a plus de cent ans. On vous racontait déjà tout ça il y a quelques mois dans ces colonnes, alors qu’un premier projet de loi contre le 1ermai férié était déposé…
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La voilà, leur urgence, après nous avoir volé deux années de vie à la retraite, après avoir essayé de nous arracher deux jours fériés : remettre en cause le résultat de plus de cent ans de lutte. Car si le 1er mai est le seul des onze jours fériés à être obligatoirement chômé, il y a une raison : l’Histoire.
Le 1er mai, ou l’Histoire du sang versé pour nos droits.
Une Histoire qui débute le 1er mai 1886 aux États-Unis par une grève générale suivie par 400 000 salariés qui bloquent les usines. La revendication ? Une limitation de la journée de travail à huit heures. À Chicago, la grève se poursuit. Le 3 mai 1886, suite à une charge de deux cents policiers sur les manifestants, trois grévistes de la société McCormick sont tués. Le lendemain, une marche blanche a lieu. Une bombe explose devant les rangs de la police, elle fait un mort. Sept autres policiers sont tués dans la bagarre qui s’ensuit. Suite à l’attentat, cinq syndicalistes sont condamnés à mort (Albert Parsons, Adolph Fischer, George Engel, August Spies et Louis Lingg). Quatre d’entre eux seront pendus le vendredi 11 novembre 1887 (connu depuis comme le Black Friday ou « vendredi noir »). Le dernier se suicidera dans sa cellule.
Une Histoire qui prend ensuite racine en France, avec le massacre de Fourmies, dans le Nord. Le 1er mai 1891, une manifestation a lieu avec la même revendication que celle des travailleurs américains cinq ans plus tôt : la journée de huit heures. Mais la manifestation, pourtant pacifique et festive, va virer au massacre : l’armée française tire sur la foule. Elle tue neuf personnes, dont deux enfants de treize et onze ans. Le 1er mai va devenir une date symbolique du mouvement ouvrier. Avec comme emblème, au départ, la Rosa canina, fleur traditionnelle du Nord, épinglée au veston des manifestants en souvenir du sang versé à Fourmies, et qui sera plus tard remplacée par le muguet.
Détourné sous le régime de Vichy en « fête du travail », le 1er mai est gravé dans le marbre par la loi du 11 avril 1947, qui l’institue comme jour férié, chômé et payé. Aujourd’hui, le 1er mai est d’ailleurs férié dans vingt-quatre des vingt-sept pays de l’Union européenne. Et c’est donc à cette (grande) Histoire que les (petits) députés Républicains, macronistes et RN (qui s’est prononcé en faveur du texte en Commission des affaires sociales) veulent s’attaquer…



