« Mais qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Il a pas osé dire ça, quand même… »
C’était sur le plateau de Quotidien, l’émission attrape-tout (et surtout les bobos parisiens) de TMC, ce mardi soir. Yann Barthès, le présentateur, faisait dans l’analyse socio-économico-climato-politico-rigolo, tout ça d’un coup : sur la canicule, analysait-il, « on est tous logés à la même enseigne : si vous croisez Bernard Arnault, il aura chaud. Si vous croisez un ministre, il aura chaud, aussi chaud que votre voisin du dessous ou du dessus… »
On a vérifié, regardé le Replay, et on a trouvé : il l’a bien dit, ça n’a même pas été supprimé (on aurait pu penser qu’ils allaient le faire, honteux).
Bernard Arnault, c’est sa vie qui est climatisée…
Alors, non, Yann Barthès, qu’on t’explique : dans notre pays, les gens ne sont pas « logés à la même enseigne que Bernard Arnault ».
Bernard Arnault, pendant que les gens cherchent à ne plus suffoquer, pendant que plusieurs départements sont en restriction d’eau, pendant que des gamins se noient dans des bouts d’étang parce qu’ils crèvent de chaud, il privatise un espace à Paris où il monte une énorme vague géante artificielle qui arrose ses mannequins, pour « rendre hommage à l’océan »…
Bernard Arnault, il a un hôtel particulier climatisé où se réfugier s’il a chaud, une demeure à Courchevel où se réfugier s’il a chaud, il a un yacht privé où se réfugier s’il a chaud, il a une résidence à Saint-Tropez où se réfugier s’il a chaud, il a une ou deux îles privées où se réfugier s’il a chaud, il a un jet privé pour aller de l’un à l’autre, sans souci et en augmentant le réchauffement climatique.
Bernard Arnault, c’est sa vie qui est climatisée.
Nous, on s’en fout pas.
Peut-on aller plus loin, en termes de déconnexion et de mépris de classe ? Peut-être, mais c’est quand même sacrément compliqué. Mais Yann Barthès l’a fait ! Parce que s’il plaint Bernard Arnault et sa fortune de 152 milliards d’euros, il n’hésite pas, courage en bandoulière, à taper sur ceux qui ne gagnent pas assez pour vivre dans des logements décents…
Écoutez la suite : « Il y a cette catégorie de personne […] qui vivent sous les toits, qui le précisent, donc ils se sentent autorisés à parler plus fort parce [qu’ils habitent] sous les toits. Tout le monde s’en fout ! » Ah non, Yann ! Non non non : tout le monde ne s’en fout pas. Nous on s’en fout pas. Parce que ceux qui habitent sous les toits, ce sont souvent ceux qui ont le moins de revenus, et les premières victimes du réchauffement climatique, dans des immeubles mal isolés (retrouvez ici notre dossier sur le mal logement).
Alors, on lui dit : c’est pas bien, Yann. C’est pas bien de se foutre de la gueule des gens qui souffrent depuis son studio télé climatisé, de vivre ainsi déconnecté, et de déblatérer sur les vies qu’on ne connaît pas, auxquelles on ne s’intéresse même pas, parce qu’elles ne font pas partie de son fonds de commerce.
Et c’est pas bien, non plus, parce que ça veut dire que tu n’as pas lu Fakir. Sinon, tu aurais gardé en mémoire notre dossier « Écologie, tous dans le même bateau ? », tu aurais appris plein de trucs.
Et ça t’aurait évité de dire des conneries plus grosses que toi devant des millions de téléspectateurs. Alors, rattrape-toi : on te le met ici, ci-dessous, en accès libre. (Même pas besoin de t’abonner à 3 € par mois, mais si tu veux quand même le faire, pour te faire pardonner, c’est ici.)
Tous sur le même bateau ?
(Première publication le 15 novembre 2019)
« La bataille pour le climat, nous la gagnerons tous ensemble ! », « Nous sommes tous sur le même bateau, tous sur la même planète ! », « Nous ne résoudrons ces défis qu’en étant davantage réconciliés ! ».
Cet impératif, sauver la planète, nous rassemblerait tous, riches et pauvres, damnés de la Terre et actionnaires, par delà les frontières, tous unis contre la catastrophe en cours ? Éteindrait la « lutte des classes » ? Au contraire, me semble-t-il. Au contraire. La crise écologique aiguise la lutte, la renforce. La « guerre » ne porte plus seulement sur le niveau de vie, mais sur la vie elle-même.
« Il est temps de mettre vos différends politiques et sémantiques de côté. » C’était le mardi 23 juillet dernier, salle Victor Hugo, à l’Assemblée nationale. Laetitia accompagnait Greta Thunberg, et elle nous exhortait à l’Union sacrée…
Lisez la suite ci-dessous dans notre Tchio « Écologie : l’union sacrée ? » (en accès libre) !



