
" Et pourtant, la Caisse d'Epargne, c'était la banque populaire ! "
A Marseille, au printemps 2006, entre son fournil et sa pâte à pain, ce boulanger s'étonne : "On a inventé la Caisse d'Epargne, c'était la banque des pitites gens. Et maintenant..." Et maintenant, les "pitites gens" sont éjectés : ce mitron a reçu un courrier qui lui demande de "quitter les lieux dans les meilleurs délais". De céder son fonds de commerce – pour le louer à "des boutiques de luxe. Ils veulent avoir des magasins de marque, ils ne veulent pas de boulangerie ici et que nous les Marseillais, ils nous chassent de chez nous si vous voulez."
"Chassés", dans leur quartier, les anciens habitants l'étaient bel et bien. Ainsi de Madame Garcia et de ses "quatre fois vingt ans", ex-secrétaire à la mairie, là depuis 1953 et contrainte de déménager : "On m'a foutue dehors. On m'a dit : "Il faut que vous partiez." Ça s'est passé d'une façon inhumaine, sans se mettre des gants." Ici et là, des incendies ont éclaté. Ou encore, on a glissé des enveloppes, etc. Et aussitôt l'appartement vidé, des "dévitaliseurs" entraient en action :
– On casse les vitres, témoigne l'un d'eux, on casse les tubes, on casse les toilettes, pour éviter que les gens ne relogent dedans.
– Et les appartements que vous cassez, ils sont habitables ou bien ?
– Oh oui ! C'est des palais dedans, et moi je casse des palais !
Aux côtés du "private equity" Lone



