« Dans un environnement de prix élevés en lien avec le conflit au Moyen-Orient, TotalErnergies tire parti de sa diversification pour afficher au deuxième trimestre un résultat net ajusté de 6 milliards de dollars. » Patrick Pouyanné, PDG du groupe, se frotte les mains. Il a de quoi : 11,2 milliards de bénéfices sur six mois, +72 % de bénéfices sur un an, TotalErnergies est le profiteur de guerre qui se gave le plus. L’équivalent de 588 000 années de Smic en six mois. Avec la guerre en Iran, le baril vient de repasser la barre des 100 dollars : tout va pour le mieux dans le monde de Patrick Pouyanné, merci pour lui.
Dans le nôtre, en revanche, c’est un peu plus compliqué : 115 000 hectares partis en fumés depuis le début de l’année, un « record historique » depuis la Seconde guerre mondiale selon le ministre de l’Intérieur. La France face à une « guerre climatique », l’expression se justifie. 42°C attendus à Lyon jeudi, la canicule de retour cette semaine sur le pays, la quatrième, déjà, depuis mai. 98 départements étaient encore placés la semaine dernière en alerte sécheresse, alors que la climaticide loi Duplomb 2 vient d’être votée à l’Assemblée nationale, que des agriculteurs tirent des fusées de détresse entre les cendres…
On paye le prix de leurs profits.
Quel rapport entre cet été aux airs d’apocalypse et TotalEnergies ?
Les 450 millions de tonnes équivalent CO2 émis, chaque année, par le plus gros pollueur du pays.
Les émissions annuelles du groupe représentent l’équivalent de l’empreinte carbone de plus de 50 millions de Français. Oui : à lui seul, TotalEnergies pollue presque autant que la population française. Selon un rapport de Carbon Majors, cent entreprises d’énergies fossiles (dont Total) sont responsables de plus de 70 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1988.
Vous avez dit criminels climatiques ?
Le groupe jouit, pour l’instant, d’une impunité fossile : il laisse la collectivité payer la facture des catastrophes dont il est en grande partie à l’origine, en tant que champion de France de la pollution. Et empoche les gains.
Total gagne sur toute la ligne.
70 % des Français veulent une taxe sur les profits de TotalEnergies.
Mais la justice ne l’entend plus tout à fait de cette oreille, visiblement.
La justice reproche en effet à TotalEnergies d’avoir publié un plan de vigilance incomplet. Le tribunal judiciaire de Paris a rendu un jugement historique ce 25 juin : l’entreprise doit obligatoirement intégrer à son bilan ses émissions indirectes (Scope 3) — c’est-à-dire le CO2 émis par ses clients lorsqu’ils utilisent ses carburants. Ce 27 juillet, TotalEnergies vient de faire appel. Le groupe estime que le dérèglement climatique mondial n’entre pas dans le cadre de la loi française sur le devoir de vigilance et qu’elle n’a pas le contrôle sur la consommation des automobilistes. Prétendre que la combustion de l’essence ne relève pas de sa responsabilité, c’est comme quand un fabricant d’armes affirme que les balles ne le concernent plus une fois qu’elles ont quitté l’usine. C’est comme dire que TotalEnergies n’aurait pas la main sur ses investissements dans les énergies fossiles…
Les citoyens se font quant à eux une idée de plus en plus précise de la marche à suivre avec Patrick Pouyanné : 70 % des Français se prononcent en faveur d’une taxe sur les profits de TotalEnergies, selon une enquête de l’Institut Harris Interactive pour Ouest-France publiée ce 26 mai.
La responsabilité des profiteurs de guerre et des criminels climatiques, un thème à mettre au-dessus de la pile en cette année de campagne présidentielle ?



