« Ma priorité, c’est de manger et dormir pour tenir le plus longtemps. Ce qui me permet de tenir, c’est de pouvoir sortir et surtout voir des gens », soupire Corine*. Assise en bout de table, elle me raconte son quotidien d’aidante. Sa fille de 39 ans est atteinte d’une maladie psychique et physique qui l’empêche de vivre normalement. « C’est un gène porteur de la mucoviscidose qui attaque son pancréas. Elle dort énormément et il lui arrive de tomber dans le coma. Ça fait vingt-cinq ans que ça dure, vingt-cinq ans que je la surveille jour et nuit. »
Cette rencontre avec Corine n’est pas un hasard. Fin mai, lors du festival des Doléances à Auger-Saint-Vincent, un musicien entend que je viens couvrir l'événement pour Fakir. « Vous êtes journaliste à Amiens ? Il faut absolument que vous rendez visite à Autrement. C'est un lieu pour accueillir les aidants. Vous savez, c’est pas facile d’être aidant. Tenez, je vous laisse mon contact, je vous donnerai toutes les informations. »
C’est comme ça que je me suis retrouvée un mercredi midi, rue des Francs-Muriers à Amiens, en face de Juliette. Elle m’explique le fonctionnement d’Autrement, son tiers-lieu. Et comment, grâce à ce local, elle accueille et suit les aidants, toutes ces femmes et tous ces hommes qui s’occupent d’un proche âgé, handicapé ou malade.
La culpabilité de profiter
« Tiens, je t’ai fait un café juste avant que la cafetière ne lâche ! »



