« C’est honteux pour moi. C’est honteux de vivre ici. On peut se suicider. Vous reviendrez, je me serai suicidé. On vit ici, on travaille ici, on n’a aucun droit. Les gens pensent qu’on a le droit à tout, mais jetez vos cartes d’identité et devenez sans-papiers, vous verrez. On travaille pour survivre. » Francis Assomo en a gros sur le coeur. Il me fait visiter « son » appartement. On est à Grigny 2 (Essonne), plus grosse copropriété d’Europe, dans la deuxième ville la plus pauvre de France. On était venu rencontrer le maire, Philippe Rio, en avril dernier. Il nous avait raconté les petits dej’ gratuits à l’école. Il m’avait aussi parlé de la lutte de la mairie contre les marchands de sommeil. Ça faisait six mois que j’avais en tête de revenir. Me revoilà, donc, au 3 Avenue des Sablons, au pied d’une des tours de Grigny 2, par un froid polaire. Deux degrés, le thermomètre a chuté cette semaine. Et une pluie sympathique dans la gueule. Bref, un matin de fin novembre.
« C’est pas une coloc’. »

« C’est pas une coloc’. C’est une division illégale de l’appartement. On n’est pas un groupe d’amis, mais on se retrouve à cohabiter. » Francis, Alberto, Timoté et Falikou m’accueillent dans la petite cuisine. La seule pièce de vie « commune ». Ils se présentent à tour de rôle, je note les prénoms, j’essaye de comprendre la situation. « Je suis là depuis



