« Mon mari, tu sais pourquoi il est en fauteuil roulant ? Il s’est fait torturer dans les prisons de Pinochet. Ils lui ont abîmé la colonne. L’impérialisme américain et leurs coups d’État en Amérique Latine, on connaît... » Ce dimanche-là, veille de rentrée, j’aide ma pote Manon à déplacer une table, à Bobigny. De chez elle à chez sa voisine, au cinquième. On entre chez les voisins, la télé est allumée : des images du Venezuela tournent en boucle. La veille, en allumant mon téléphone, au réveil, j’ai dû me frotter les yeux deux fois en relisant la notif’ : bombardement des États-Unis sur le Venezuela, le président Maduro kidnappé. Le genre de nouvelle qui te sort violemment de ton dernier weekend des vacances. Après les raclettes, les parties de whist et le nouvel an, retour brutal sur terre.
« Ils les faisaient tourner sur des broches comme des cochons. »
« Nous, on est réfugiés politiques chiliens. C’était il y a cinquante ans… Les opposants comme Vicente, les camarades du MIR [NDLR : le Mouvement de la gauche révolutionnaire au Chili], les opposants ? Torturés en prison, ils les attachaient et les faisaient tourner sur des broches comme des cochons. » Josepha* me montre son mari, Vicente*, homme minuscule à la barbe blanche, assis face à la télé. Il s’approche en faisant rouler difficilement son fauteuil. « Vous avez prononcé le nom de Pinochet ? Merci de par



