« Le travail n’est pas assez défendu dans la société française. » Jordan Bardella a raison : oui le travail n’est pas assez défendu. Et surtout pas, et encore moins, par le Rassemblement national, qui prend régulièrement (et qui a toujours pris d’ailleurs) le parti du capital. Une nouvelle preuve ce lundi 20 avril, quand le président du RN se tapait la cloche avec ses amis du Médef pour voir comment préserver encore un peu plus, si c’était possible, leurs intérêts. Pour cet énième épisode de la collaboration accélérée entre l’extrême droite et les plus grands patrons français, les convives s’étaient donné rendez-vous dans le très huppé XVIIe arrondissement de Paris. Pas certain qu’ils y aient croisé trop d’ouvriers pour leur parler de leurs conditions de travail, mais bon…
Juste avant les agapes, Jordan Bardella s’était présenté tout sourire devant la presse, flanqué de son conseiller spécial en économie, François Durvye. Celui-là même qui était jusqu’au début avril 2026 directeur général d’Otium Capital, fonds d’investissement du milliardaire d’extrême droite Pierre Édouard Stérin, et qui a laissé les comptes dans le rouge avant de démissionner. Un modèle pour le « redressement de l’économie française » prôné par Bardella, donc – mais passons.
Le président du RN a osé affirmer deux points qui pourraient s’avérer centraux dans la prochaine campagne présidentielle, sans aucune contradiction des « journalistes » présents, lui déroulant le tapis rouge.
Le RN contre les salaires, contre le Smic, contre le blocage des prix…
Premièrement : « contre le droit à la paresse érigée en valeur absolue à gauche, le travail n’est pas assez défendu dans la société française. »
On pourrait presque lui donner le point, là-dessus (mais attendez la suite…).
Car oui, depuis quarante ans, depuis la fameuse « parenthèse libérale » ouverte en 1983 et jamais refermée depuis, le travail est méprisé, écrasé, pressurisé par le Capital. D’un côté, les 500 plus grandes fortunes françaises ont engrangé 557 milliards d’euros supplémentaires depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir en 2017. De l’autre, le salaire moyen stagne franchement : depuis 1975, il n’a été multiplié que d’1,3 point (alors qu’il avait été multiplié par trois entre 1950 et 1975) selon l’Observatoire des inégalités.
Donc oui, clairement « le travail n’est pas assez défendu par la société française ».
Mais certainement pas par le Rassemblement national.
Des exemples ?
On en a, à foison, au point qu’on ne pourra pas tout mettre ici. Mais quand même… Le 20 juillet 2022, le Rassemblement a national votait ainsi contre la hausse du SMIC. Contre l’avis de 84 % de ses sympathisants (enquête Elabe).
Le même jour, le Rassemblement national votait contre l’indexation des salaires sur l’inflation. Contre l’avis de 92 % des sympathisants RN (enquête Toluna Harris Interactive, novembre 2023).
Et pour les millions de Françaises et de Français qui ont besoin de leur voiture pour aller bosser ? Alors que les prix à la pompe sont en train d’exploser, le Rassemblement national se prononce contre le blocage des prix notamment sur le carburant. Contre l’avis de 82 % de ses sympathisants (enquête Elabe).
Et ainsi de suite…
Le RN pour les méga yachts, pour les jets privés…
Deuxième affirmation du président du RN ce lundi 20 avril ? « Le redressement de l’économie française et le pouvoir d’achat de la France du travail va être au cœur du futur projet présidentiel. »
Rétablissons un peu les faits : non le RN ne défend pas le « pouvoir d’achat de la France du travail » (il vote contre le gel des loyers, contre la gratuité des fournitures et des cantines scolaires, contre la revalorisation des salaires des pompiers, etc.), mais bien encore et toujours, invariablement le Capital.
Le 25 octobre 2024, le RN votait ainsi contre le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Contre l’avis de 87 % de ses sympathisants (enquête Elabe).
Le 20 octobre 2025, le RN votait contre la taxe Zucman : une taxe de seulement deux petits pourcents sur la fortune des 0,01 % les plus riches. Contre l’avis de 75 % des sympathisants RN (sondage Ifop, 17 septembre 2025).
Le 5 octobre 2022, au Parlement européen, Jordan Bardella votait contre la régulation des méga yachts et des jets privés, contre l’avis de 92 % des Français (enquête Harris).
Et ainsi de suite…
Non, Jordan Bardella ne défend pas le travail.
Jordan Bardella défend Bernard Arnault, PDG de LVMH (fortune estimée : 154 milliards de dollars), Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies (un milliard d’euros de profit pour le seul mois de mars), Cyrille Bolloré (fils de Vincent Bolloré, PDG du groupe Bolloré), et tous les autres patrons du CAC 40 avec lesquels Marine Le Pen a dîné le 7 avril. Tous ceux qui ont déjà le beurre et l’argent du beurre.
Pour aller plus loin : « RN : attentes des électeurs VS votes des députés, le grand fossé ».



