« Je pourrais te raconter une petite histoire, anodine, banale pour nous. On a un couple de vieux. La femme a fait un AVC, elle est en fauteuil roulant, et elle souffre de crises d’angoisse. La seule manière de la calmer, c’est son mari, il n’y a que lui qui puisse l’apaiser. Or, là, son mari a attrapé la gastro, donc on l’a mis à un autre étage. La dame appelle au secours, elle est dans le couloir à crier : ‘‘Mon biquet ! Mon biquet ! Où tu es passé mon biquet !’’ Ça peut paraître drôle, comme ça, mais il faut l’entendre avec sa voix, complètement désespérée : ‘‘Mon biquet ! Au secours mon biquet !’’ J’aurais un peu de temps, je lui mettrais un masque, je l’amènerais à l’étage, qu’elle voie son mari, ça l’apaiserait. Mais non, là, je cours, je cours, je ne peux pas perdre une demi-heure. Alors, elle pleure toujours : ‘‘Mon biquet ! Mon biquet !’’ » En apprenant la nouvelle, je me suis rappelé de ce témoignage de Brigitte, soignante en Ehpad.
La nouvelle, c’est la nomination d’Olivier Dussopt, ancien ministre du Travail d’Emmanuel Macron (2022-2024), comme président du conseil d’administration d’Emeis, ex Orpéa. Orpéa, ce nom doit vous évoquer des souvenirs : celui du scandale de la maltraitance dans les Ehpad, révélé par l’enquête Les Fossoyeurs, du journaliste Victor Castanet. Le rationnement des couches, les repas inférieurs à un euro, les steaks rationnés à cinquante grammes, les trois soignants pour 125 lits, le détournement d’argent public, les rétrocommissions… L’ironie est formidable : c’est le ministre qui aura essoré les travailleurs en les faisant travailler deux années de plus avant la retraite qui les retrouvera rincés quand ils entreront à l’Ehpad. Et qui grattera leurs dernières économies…
Alors même que des soignants sont actuellement en grève dans les Ehpad, voilà où met les pieds Olivier Dussopt. Pour la bagatelle de 260 000 euros de salaire. Voici un (gros) pantoufleur de plus en macronie. Après les 26 ministres ou proches collaborateurs d’Emmanuel Macron impliqués dans des affaires politico-financières depuis 2017, on n’arrête pas le progrès.



