« Le gasoil devenait trop cher, et puis je suis sorti pour les intérimaires. Depuis vingt ans, j’ai toujours fait des emplois précaires. Je voulais juste dénoncer ça. C’est pour ça que je suis sorti... »
Manu est collé près du téléphone, avec Séverine, sa compagne. tous deux Gilets jaunes de la première heure. Elle, 44 ans, soignante en Ehpad depuis vingt-cinq ans. Lui, 46 piges, a enchaîné tellement de boulots qu’il ne peut pas tous les citer. Il essaie, quand même.
« J’ai travaillé dans les chaînes de montage automobile, en grande surface, comme agent d’entretien, j’ai aussi bossé dans des fermes, j’ai fait les vendanges… J’ai eu tellement de boulots dans tellement de secteurs... Des courtes missions, à chaque fois. Ils prennent les gens pour des cons : au bout du CDD, à chaque fois ils trouvent une excuse, la baisse d’activité par exemple, et c’est ‘‘merci d’être venu, au revoir’’. Après l’histoire pour mon œil en 2019, je débâchais des remorques chez un sous-traitant de Toyota… »
« J’avais essayé d’en sortir, de cette nasse… »
On rembobine.
« L’histoire de [son] œil », c’était le 16 novembre 2019, il y a cinq ans, jour pour jour.
Acte 53 des manifs de Gilets jaunes, premier anniversaire.
Rendez-vous est donné place d’Italie. Mais ça se tend, très vite. Manuel est là, lui aussi, et se retrouve coincé, encerclé par les forces de l’ordre, par la



