« Au moindre truc ça part en cacahuète… » Sur le marché du mardi matin à Caen, il n'y a pas grand monde, en ce début janvier. À cause du froid, sûrement. Je me retranche dans le petit bistrot d'en face. Au comptoir, un gars, la cinquantaine, l'air mal réveillé, enchaîne les expressos et les jeux à gratter.
Fakir : « C'est pas vraiment votre jour de chance, on dirait... »
Il s’appelle Yannick, mon joueur.
Yannick : « Oh, je joue juste pour passer le temps, pas pour devenir riche, même si ça m'arrangerait bien, en ce moment…
Fakir : Je crois qu'on est nombreux dans ce cas. Vous travaillez pas, ce matin ?
Yannick : Non, j'ai pas trop de boulot cette semaine, et ça fait plusieurs mois que ça dure...
Fakir : Vous faites quoi comme métier ?
Yannick : Graphiste indépendant. Ça fait dix-sept ans que je suis à mon compte, après douze années en agence. Et là, depuis un ou deux ans, c'est vraiment compliqué. On est en train de se faire bouffer par l'IA, l’intelligence artificielle, on a une concurrence qui pète complètement le marché. Tous mes potes graphistes de ma génération galèrent, y en n’a pas un qui est pété de commandes, c'est vraiment généralisé.
Fakir : C'étaient qui vos clients, avant ?
Yannick : Je bossais surtout pour des institutions, mais y a eu des changements de direction. Maintenant, soit ils préfèrent faire bosser leurs potes,



