Nema a traîné un grand sac, dont elle a versé le contenu sur la table de sa cuisine. Des kilos et des kilos de contraventions. Les lettres se sont étalées, débordant, sur la table. « Je ne veux même plus regarder les avis d'amende... il y a bien 30 000 euros. Comment, moi, mère de famille vivant seule, j'arrive à faire face ? Je ne peux même pas commencer à décrire le stress. Je ne dors pas. » Nema est la maman de trois enfants qui, depuis des années, se font verbaliser, sans cesse, tout le temps, plusieurs fois par jours.
Des drames silencieux, mais ciblés
Comme des dizaines d’autres parents, ou jeunes, ou éducateurs, ou policiers qui ont accepté de parler, elle témoigne, dans un rapport publié ce mercredi 17 juin par trois ONG. Au fil d’un lourd dossier, Human Rights Watch, (Re)Claim et la Maison communautaire pour un développement solidaire dressent le tableau de « décisions arbitraires et abusives ». Et de drames silencieux qui se nouent dans nos quartiers, qui touchent des familles souvent déjà précaires, et visent très souvent des jeunes considérés comme un peu trop noirs, un peu trop arabes, par les forces de l’ordre…
Le Défenseur des droits, à boulets rouges
Une étude du Défenseur des droits avait déjà montré que les amendes, associées à un profilage racial – au travers entre autres des contrôles d’identité –, donnaient à la police un outil puissant pour discriminer et exclure d



