Mettre un terme au droit de vote des femmes. Une idée totalement régressive, et pourtant c’est ce que soutient le secrétaire d’État à la Défense américaine, Pete Hegseth. Vendredi 8 août, le numéro 4 dans l’ordre de succession à Donald Trump a partagé sur X (ex-Twitter), un reportage de la chaîne d’information CNN sur un sujet qui lui tient visiblement très à cœur. Pendant six (très) longues minutes, on y voit des pasteurs américains comme Douglas Wilson tenir des discours radicaux, appelant à la supériorité de l’homme sur la femme, la criminalisation de l’homosexualité ou encore l’abolition du droit de vote des femmes.
En ligne de mire : le 19ᵉ amendement de la Constitution américaine, le même qui garantit ce droit de vote depuis 1920. L’un des pasteurs, Jared Longshore, affirme même que « le système actuel n’est pas une bonne chose pour les êtres humains ». Traduction : trop de femmes ont le pouvoir de voter, trop de démocratie, trop de droits.
En diffusant ce reportage, Pete Hegseth l’a accompagné d’un commentaire évocateur : « Tout le Christ, pour toute la vie ». Il s’agit d’un véritable élément de langage du nationalisme américain, doctrine que Donald Trump ne cesse de remettre au goût du jour.
Depuis son retour au pouvoir, l’homme orange a resserré les liens avec la droite religieuse et multiplié les mesures conservatrices, comme la création d’un bureau de la foi à la Maison-Blanche ou la suppression de milliers de postes et de milliards de subventions dans la recherche scientifique.
« Ne croyez pas que ça ne peut pas arriver en France ! »
Quand ces ultra-conservateurs tiennent ce genre de propos, ils ont tendance à mettre tous les moyens en place pour venir à bout de leurs idées. Comme le droit à l’avortement, dans une quinzaine d’États, aux États-Unis, c’est fini ! Du Texas au Dakota du Nord en passant par l’Indiana, depuis 2022, les femmes risquent la prison pour avoir avorté, même après un viol. Mais ce projet n’a rien d’anodin, il est stratégique. Une enquête de European Social Survey montre que les jeunes Françaises ont tendance à voter majoritairement à gauche, plus que les hommes. Et que leurs priorités sont tournées vers la protection de l’environnement, les droits sociaux, la défense des minorités, etc. Supprimer leur voix, c’est donner le pouvoir aux conservateurs.
Sur son compte Instagram, Anne-Cécile Mailfert, fondatrice de la Fondation des Femmes, alerte : « Ne croyez pas que ça ne peut pas arriver [en France]. Ouvrons les yeux sur ce qu’est leur idéologie et leur projet, et s’y opposer fermement partout et tout le temps ! » Et elle a raison : ce qu’il se passe outre-Atlantique peut rapidement gagner les esprits de certains conservateurs par ici… Parce que l’extrême droite française flirte justement avec ces obsessions.
À ceux qui n’imaginent pas que le droit de vote des femmes puisse être en danger, souvenez-vous qu’avant 2022 on disait la même chose pour l’avortement. Et que la France est le premier pays à l’avoir inscrit dans sa Constitution en 2024, non sans difficulté d’ailleurs… Mais tous ceux-là, les Douglas Wilson, les Pete Hegseth et les Donald Trump, ils n’ont pas lu notre article « Que le féminisme infuse ». Dedans, on interrogeait Anne-Cécile Mailfert sur le coût moral et social d’être une femme. Elle évoquait aussi la charge mentale, le coût de la virilité : des infos que nos amis américains feraient mieux d’intégrer, avant de proposer l’inimaginable. Du coup, on vous ressort notre article juste ici, histoire que ça infuse bien.



