« T’es enfermé à trois dans neuf mètres carrés, en cellule 22 heures sur 24. Ce jour-là, j’ai eu le déclic, je me suis pris pour Superman. Je me le suis promis pour le jour de ma sortie. » Je retrouve Mouloud Mansouri dans un bar à Paris, un sweat blanc à capuche : « Not from Paris madame. » C’est un pote, Thibault, qui m’avait parlé de son bouquin, Manifeste pour l’accès à la culture dans les prisons. Je l’ai apporté avec moi, annoté, en journaliste sérieux. On commande, et on s’attable.
Fakir : « Toute cette histoire a commencé comment ?
Mouloud Mansouri : Tu veux tout depuis le début ?
- On a le temps…
- Je suis né dans le Var, ça remonte maintenant.
- D’où le sweat.
- Oui je suis né à Hyères. J’ai vécu une enfance des plus normales. Sans problème, jusqu’au collège.
- Il s’est passé quoi au collège ?
- Ça a commencé en primaire. J’ai le souvenir de mon grand frère, Samir, qui vient me chercher à l’école, l’école des Îles d’Or. Il me montre une barrette. Et il me dit : ‘‘Ça, ça se vend cent francs.’’ Moi j’imagine cent balles de bonbons, je me dis c’est fou. Je crois que cette image est restée à jamais gravée dans ma tête.
- Et après ?
- Maman solo avec quatre enfants à élever, elle se bat, femme de ménage, aide en



