« C’était en 2003. Mon père a commencé à dealer de la drogue. Il est parti en prison. Ma mère n’a pas pu s’occuper de nous… » J’avais rencontré Antony pour la première fois dans un café du centre-ville de Tours, en décembre 2022. Le claquement de la pluie sur les vitres se mêlait au bruit du choc des verres. Presque 18h00, les Tourangeaux sont à l’apéro. « Tu as été accompagné dans le cadre de la protection de l’enfance, c’est ça ? » Antony, 19 ans, replonge dans ses souvenirs : il a trois ans quand le juge des enfants décide d’un placement avec sa petite sœur de deux ans, en raison de maltraitances. Il grandit alors douze ans au sein de la même famille d’accueil, où il subit violences verbales et injures racistes du fait de sa couleur de peau. « Leurs deux filles biologiques avaient plus que ma sœur et moi. Nous, nous n’avions rien. Nous étions enfermés, socialement. » Mais excepté en cas de force majeure, il est impossible de changer de foyer. Les assistants sociaux traînent des pieds. À l’aube de ses 16 ans, il est envoyé dans un foyer. Sa sœur, elle, décide de rester.
Mise en danger
Le foyer, c’est une façade ébréchée d’un immeuble de trois étages, refuge silencieux, lové au cœur de Tours. Près de la porte, une pancarte ocre indique « Fondation Verdier, foyer ». Le centre compte une trentaine d’adolescents, entassés dans ce bâtiment vieilli



