« On nous vole nos sous, à nous, les pauvres, les classes moyennes. On en a marre. Faut arrêter de nous gaver avec la dette : c’est artificiel, c’est du pipeau, c’est pour nous faire taire, pour qu’on reste chez nous. » Il est cinq heures du mat’ sur le rond-point de la zone industrielle d’Amiens. À travers la nuit, on distingue plusieurs centaines de silhouettes comme celle de Sandra. On sourit : la journée sera peut-être réussie, et forcément riche. Mais avec ma collègue Maëlle, on aurait pu ne jamais arriver…
« Nan mais je suis bloqué à l’intérieur, là, je peux pas sortir des locaux, je trouve pas la clé… » On avait pourtant bien réglé le réveil à 4h30, mais au moment de quitter Fakir où j’avais installé le matelas et le duvet, pas moyen d’ouvrir la porte… Cyril, le rédac’ chef, avait soigneusement fermé à clé avant d’aller dormir sur le canapé, tout en haut (oui, on dort souvent sur place, les jours de bouclage du journal...). Dans le noir, encore endormi, je cherchais désespérément la clé à tâtons. Avant de me rappeler qu’elle était sur mon trousseau…
Maëlle s’est bien foutue de moi. Mais au moins, nous voilà sur le rond-point, alors qu’il fait encore nuit. Et c’est sur Sandra qu’on tombe en premier, donc, en sortant de la voiture. « C’est juste du vol : on nous vole notre argent. Moi je veux qu’on le récupère. Qui doit payer la dette ? Les multinationales, les gros



