« Pour la première fois depuis l’occupation durant la seconde guerre mondiale où l’extrême droite pétainiste avait collaboré avec l’Allemagne nazie, la Haute-Savoie, terre de Résistance, vient d’élire un représentant de cette même extrême droite. » C’est le copain Gilles Perret, qui est né à Saint-Jeoire, qui m’a prévenu.
Mais silence radio à gauche, trop occupée à se déchirer sur les grandes villes.
Il y a des lundis matins comme ça…
Antoine Valentin, le maire de Saint-Jeoire, candidat d’extrême droite (représentant l’UDR, le parti d’Eric Ciotti, avec le soutien du RN) venait donc de remporter, avec 59 % des voix, l’élection législative partielle dans la troisième circonscription de Haute-Savoie ce dimanche 1er février.
Cette victoire de l’extrême droite, elle a été permise grâce au soutien d’une droite qui collabore déjà : celle de Martial Saadier, le président LR du conseil départemental de la Haute Savoie. Ce vendredi 30 janvier 2026 au soir, quelques heures avant la fin de la campagne, Saadier était en effet présent aux vœux d’Antoine Valentin.
Antoine Valentin, co-fondateur de l’école des maires de Stérin.
Antoine Valentin ? En 2023, l’élu a co-fondé Politicae avec Raphaël Cognet, maire de Mantes-la-Jolie (Hauts-de-Seine). Politicae, c’est « l’école des maires ». Une association financée dans le cadre projet Périclès du milliardaire d’extrême droite Pierre-Edouard Stérin (pour « Patriotes, Enracinés, Résistants, Identitaires, Chrétiens, Libéraux, Européens, Souverainistes ») : un plan de 150 millions d’euros sur les dix prochaines années qui vise à installer à tous les échelons de la société une alliance entre l’extrême droite et la droite libérale. L’objectif de Politicae ? Former de futurs élus d’extrême droite pour mailler tout le territoire, s’implanter sur le long terme pour mener la bataille culturelle.
Il y a dix jours, juste avant l’élection, Fakir s’était rendu à Saint-Jeoire, le village où Antoine Valentin est maire. On vous remet le début du reportage ici…
« Montrez votre carte de presse… Bon. Je vais vous dire : le maire est très apprécié ici. Il est très bien, très investi, à l’écoute, présent dans la commune. C’est une très bonne chose si le RN passe. » Je suis O’Troquet sur la place centrale du village de Saint-Jeoire, en Haute-Savoie, invité par nos préfets fakiriens du coin. Encore un peu de neige, des maisons et des volets de toutes les couleurs, un clocher et des montagnes en toile de fond. Ça marche presque à tous les coups, en reportage, pour prendre le pouls : aller au café. Ce jeudi matin, je suis attablé au comptoir avec Audrey, Jessica et Mathieu.
« Si tu bosses pas en Suisse, c’est mort. »
Fakir : « Vous êtes au courant qu’il y a une élection dimanche et que le maire se présente ?
– Jessica : Oui…
– Fakir : Et vous pensez quoi du maire, Antoine Valentin ?
– Jessica : Il est très bien.
– Mathieu : Il est très investi, à l’écoute, disponible, quand tu le croises, tu peux lui parler.
– Jessica : Il est très apprécié sur la commune.
– Fakir : Pourquoi ?
– Audrey : Il est présent, il écoute les gens, il se bouge.
– Fakir : Sur quoi il se bouge ?
– Audrey : Sur la sécurité, sur les petits commerces par rapport aux autres villages où le centre-ville ferme. Eux c’est plus des villages, c’est des cités dortoirs. Nous ici le PMU reste ouvert, le resto, le tabac, le boulanger, aussi.
– Fakir : Et il fait quoi, le maire ?
– Audrey : Ben il se bouge pour les entreprises, contre les fermetures d’usines, comme l’entreprise de plastique là, à-côté. Il soutient les petits commerces. Il est très présent. Il va dans les commerces déjà, juste ça. Le maire d’avant était insignifiant.
– Jessica : Moi je suis ouverte depuis huit ans, et il vient nous voir.
– Audrey : Il a fait des logements pour les étudiants en médecine aussi, il essaye de faire venir des médecins.
– Fakir : C’est un désert médical ici ?
– Jessica : Va trouver un médecin ou un dentiste, t’attends combien de temps ?
– Audrey : On est mal. Et le logement… Si tu bosses pas en Suisse, c’est mort.
– Fakir : Vous faites quoi dans la vie ?
– Audrey : Je suis au chômage. J’étais tailleur sur verre, je taillais les verres. Avant ça j’ai tout fait : j’ai bossé dans la restauration, comme serveuse, dans l’horlogerie, j’ai bossé dans les grandes surfaces… Faut bien bosser. Quand t’as un petit salaire ici, tu ne peux pas te loger.
– Fakir : C’est combien un loyer ici pour un studio, à peu près ?
– Mathieu : Pour un 20 m2, c’est 500 balles. C’est les prix de Paris. Pour quelqu’un qui a un salaire suisse, c’est rien. Mais si tu bosses pas en Suisse…
– Audrey : Il y a que ça, des travailleurs frontaliers. Va te loger dans le centre…
Pour lire la suite du reportage, c’est par ici.



