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Journal fâché avec tout le monde. Ou presque.

« Les prisons ? Personne n’en a rien à foutre. »

« On est enfermés à trois dans une cellule de 9m2, comme des chiens. Les détenus, on reste des êtres humains… » Ce lundi 27 avril, à Amiens, Beauvais, Douai, Béthune et dans beaucoup d’autres prisons du pays, les portes étaient bloquées par le personnel. Et ça nous étonne encore ?

Publié le 27 avril 2026

« T’es enfermé à trois en cellule 22 heures sur 24, avec des cafards et des punaises de lit. Faut se rendre compte de ce que c’est : rester enfermés 22 heures, chaque jour, dans un espace minuscule. Tu es conditionné à cultiver la haine en prison. Tu es enfermé comme un chien. » Ce lundi matin, en écoutant la radio, je me suis rappelé le récit de Mouloud Mansouri. Mouloud nous avait raconté les conditions de détention, la surpopulation carcérale, et la culture comme l’un des rares moyens pour s’en sortir, pour sauver la vie des détenus, aussi. Je tends l’oreille : c’est Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, qui cause à la radio. « Les détenus et les surveillants sont laissés à l’abandon par l’État… »

Je me suis rappelé de l’audition de cette même Dominique Simonnot devant l’Assemblée nationale, le 18 septembre 2024. « Quand vous entrez dans la cellule, ils vous disent “asseyez-vous madame… Ah non, attendez, vous asseyez surtout pas.” Et ils vous montrent leurs bras, leurs jambes, rongés par les punaises de lits. Et les surveillants vous disent : “quand vous rentrez chez vous, faites comme nous : déshabillez-vous sur le pas de la porte, mettez vos vêtements dans des sacs poubelles, et le tout au congélateur.” Quand on en est là… Des détenus enfermés à trois dans 9m2. Euh… »

Avec 87 126 détenus pour moins de 63 500 places, le taux d’occupation global des prisons était de 137 % au 1er mars. Le 15 janvier 2026, la France était encore condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) pour surpopulation carcérale. Sa neuvième condamnation en la matière (voir encadré).

Alors, ce lundi 27 avril, à Amiens (Somme), Beauvais (Oise), Douai (Nord), Béthune (Pas-de-Calais) notamment, les entrées des établissements pénitentiaires étaient bloquées par du personnel. Dans les Hauts-de-France, des actions avaient lieu dans quatorze établissements sur dix-sept, et onze prisons étaient même bloquées.

Surpopulation carcérale : la France, cancre européen.

Avec 124 détenus pour 100 places (au 31 janvier 2024, mais la situation s’est encore aggravée depuis : 137 détenus pour 100 places début 2026), la France se classait sur le podium des pires élèves européens en matière de surpopulation carcérale.

Dépassée seulement par la Slovénie (134) et Chypre (132), la France était alors déjà loin derrière d’autres pays d’Europe occidentale : l’Allemagne (80 détenus pour 100 places), l’Espagne et les Pays-Bas (74 détenus pour 100 places).

La dernière condamnation de la France, le 15 janvier 2026, concernait la maison d’arrêt de Strasbourg (taux d’occupation jusqu’à 185 % au moment des faits) et conclut à une violation des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l’homme concernant notamment « les traitements inhumains ou dégradants. »

Le pays des droits de l’Homme…

« La vie des détenus est épouvantable. Il n’y a pas d’accès aux soins, il n’y a pas d’accès aux activités, pas d’accès au travail. On estime entre 30 et 35 % le nombre de détenus qui souffrent de troubles psychiques graves. » Et c’est la contrôleuse générale des lieux de privatisation de liberté qui le dit… D’ailleurs il n’y a pas que les détenus qui souffrent de la situation. Les surveillants aussi. « Il manque 5000 surveillants en France. C’est impossible de travailler dans ces conditions. Selon les médecins, il y a de forts risques de décompensation psychique. »

La santé mentale en prison, Mouloud Mansouri nous en avait également parlé : « Couper les subventions de la culture en prison, c’est une vision d’ultra court terme, car sur le long terme tu as plus de 60 % de récidive, et si on ne s’occupe pas un minimum des détenus, il y en a qui peuvent ressortir fous.

Fakir : La santé mentale en prison, on en parle ?

– Mouloud Mansouri : Tu as un psy pour mille détenus, et encore, quand il est là. Quand tu le vois, c’est une fois tous les quinze jours. Tout le monde en aurait besoin. J’ai laissé des plumes là-bas, de ma joie de vivre, mais je ne suis pas devenu fou. »

La surpopulation carcérale n’est pas une fatalité, mais bien une question de volonté et de choix politiques. Dominique Simonnot : « On envoie trop de gens en prison. On ne fait pas sortir ceux qui pourraient sortir avec des méthodes intelligentes. L’Allemagne s’est débarrassée de sa surpopulation carcérale sans construire de nouvelles places de prison. Avec vingt millions d’habitants de plus que nous, ils ont 15 000 à 20 000 détenus de moins, avec des taux de récidive bien inférieurs. »

Mouloud Mansouri nous dessine une piste, lui aussi. « On ne protège pas notre société : si on nous laisse enfermés en prison sans aucune activité, on va ressortir pire. » 

(Si vous voulez retrouver l’incroyable histoire de Mouloud Mansouri dans Fakir, cet ancien détenu qui utilise la musique pour aider à survivre à la prison, c’est par ici : « En prison, c’est la culture qui m’a sauvé la vie. »)

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