"Mettez votre nez là-dedans !" Un moustachu me montre un dossier de plusieurs centaines de pages, intitulé "Mise aux normes "bien-être" du troupeau de truies allaitantes et extension d'un atelier naisseur-engraisseur." En ce début d'été, la mairie de Cavillon est noire de monde. Sous le portrait un peu anachronique de Jacques Chirac, l'enquête publique bat son plein. Un éleveur de cochons du village souhaite faire de son exploitation, de taille moyenne, une super structure comptant plus de 16 000 bêtes, soit une des plus grandes de France. Les riverains, regroupés en association, sont furieux. "Y en a pour dix jours à tout lire !, reprend le moustachu. C'est trop complexe ! Ils savent très bien que 90 % des gens n'y comprennent rien!"
Ce que 90 % des gens du coin savent très bien, en revanche, ce sont les ennuis qu'une porcherie géante entraîne. "Nous ne sommes pas d'accord pour faire la porcherie de 16 296 porcs, écrit une habitante de Cavillon sur le registre de doléances. Déjà avec celle d'ici on n'est pas gâtés car à cause des odeurs désagréables on ne peut pas ouvrir les fenêtres, accrocher le linge dehors, alors là ce n'est pas possible. On ne peut pas manger dehors car c'est une puanteur."
Un peu plus loin: "Dévalorisée, empuantie, ce n'est pas ma seule maison que l'on ruine, c'est moi, mes proches. Qu'ai-je fait pour mériter cela?" Ou encore: "Ayant grandi à Cavillon, j'ai souffert de la mauvaise image due aux odeurs: moqueries et



