On pourrait démarrer, bien sûr, avec l'histoire du jeune Ivan, tombé du quatrième étage de son immeuble, cet été, à Amiens, tandis que des policiers forçaient la serrure du logement familial. On pourrait poursuivre, dans notre ville toujours, avec les Maroyan, dont le père, saisi de terreur, voyant des uniformes partout, s'est ouvert les veines et fut donné pour mort aux urgences de l'hôpital, vidé de son sang. On pourrait vous émouvoir, encore, avec les Aslanov, chez qui les gendarmes de Roye, farceurs, frappent au carreau en criant "Gestapo", paniquant les parents et la gamine. Et on pourrait bien vous les tirer, ces larmes, parce qu'il a fallu, des fois, au cours de nos visites, serrer les poings et les dents de tristesse et de rage.
"Retournez là-bas"
Mais commençons par un chiffre.
Un chiffre sec et froid, guère cité, qui ne souffre d'aucune publicité: 92,2 %.
Que représentent ces 92,2 %?
C'est la part des dossiers rejetés, en 2006, à l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (Ofpra). Plus de neuf demandeurs d'asile sur dix ont essuyé un refus. Ce taux s'élève constamment: il était de 90,2 en 2003, de 90,7 en 2004, de 91,9 en 2005. Chaque année, le record est battu. Avant d'atteindre ces sommets, l'on partait pourtant de bien bas: en 1981, date tirée au hasard, 21 % seulement des "cas" étaient recalés, et la France accueillait plus de 15 000 réfugiés. Contre 2 929 l'an dernier. En 25 ans, on a d



