« J’ai fait cinquante bornes ce matin, et je dois retourner chez moi ! J’aime bien le vélo, ça m’apaise et je suis retraité donc j’ai le temps… »
Je m’étais assise, maline, à côté de José sur un banc, devant la gare d’Amiens. Je l’avais repéré avec son vélo de course : il faisait une pause, et égoïstement j'espérais bien qu’il puisse me donner quelques conseils dans ma recherche de bicyclette. Parce que venir jusqu’au journal à pied tous les jours, ça prend pas mal de temps, mine de rien.
Bon : on aura parlé de tout, sauf du vélo.
Ancien maçon, José est à la retraite depuis deux ans. Enfin, en théorie. En fait, il n’a jamais vraiment cessé de travailler, de « gagner sa croûte », comme il dit. « À soixante-six ans, oui, je travaille toujours à droite et à gauche. Je pose du carrelage, des parpaings... J’ai pas tout à fait arrêté. Il en faut bien, de l’argent, pour vivre dignement. »
Il dit ça en souriant. Mais derrière cette façade, il y a la vérité, crue.
« Tout augmente… Les guerres, tout ça ? Ce sont des excuses pour nous faire payer plus. »
Sa seule échappée belle
Le vélo reste sa seule échappée. Trois fois par semaine, il enfile ses gants, ses lunettes et son casque et sillonne les routes du département. Ce matin-là, pourtant, au surlendemain des élections, ce n’était pas seulement pour s’évader qu’il a roulé jusqu’à Amiens. « Je voulais surtout venir jusqu’à Amiens



