« On fait notre travail par amour. Parfois, je rentre en dansant dans les domiciles, je chante avec eux. On a gagné la confiance et l’amour des patients, on est restés en contact avec leurs enfants. Mais on est épuisées. On est toutes malades à cause de notre travail. On n’a même pas le temps pour un sandwich le midi, on court tout le temps... »
C’est un soir, en rendant visite à un copain dans le quartier de La Banane (c’est un drôle de nom mais il est surnommé ainsi à cause d’un immeuble incurvé, dans le XXe arrondissement de Paris), que mon œil avait été attiré, déformation professionnelle, par une banderole accrochée au mur : « Aides à domicile en grève ! » Un camarade, Simon, qui milite dans le quartier, ne s’est pas fait prier pour me donner le numéro de leur porte-parole : Sophie, dite « Le Che ». ça promettait ! Le lendemain, Sophie m'invitait à venir voir ce qui se passait dans son association d’aides à domicile, Antinéa-emplois-familiaux. Je m’attendais à la retrouver seule. Mais au pied d’un grand immeuble du quartier des Amandiers, elles sont en fait une dizaine d’aides à domicile à m’attendre ! C’est un signe : pour une fois que quelqu’un les écoute… Sophie, donc, Djamila, Mimouna, Godeline, Fatima, Colette : elles m’alpaguent, me parlent toutes en même temps, pas le temps de noter tous les noms, Rita m’aide à tenir mon cahier, elles m’entourent.



