« On me donnait des claques dans la tête, on me touchait les cheveux, on m’insultait. Un jour, ils sont venus à trois. Ils m’ont violemment tiré le bras, et ils ont mis mes affaires dans les toilettes. Un autre jour dans le bus, un des élèves m’a étranglé. » Dans son collège de l’Oise, Thays, 15 ans, a été victime de harcèlement, jusqu’à une tentative de suicide. Pourquoi ? « Par rapport à ma couleur de peau. Beaucoup d’insultes racistes. On m’a dit que j’étais adopté parce que ma mère est blanche. On a dit que ma mère c’était une pute parce qu’elle sort avec un noir. »
Depuis 2021, à Crèvecoeur-le-Grand en Picardie, la mère de Thays crie dans le désert. « Nous avons fait deux dépôts de plainte, classées sans suite car [les agresseurs sont des] mineurs de moins de treize ans. Les harceleurs eux sont restés au sein de l’établissement. » Pire que ça, même : « Les parents sont venus jusqu’à devant notre domicile nous dire qu’ils votent pour un certain politique. Ils sont même venus devant l’école pour demander à ce que Thays soit exclu de la classe. » « Un certain parti politique » ? la mère de Thays poursuit, devant la caméra de BFMTV : « On m’a dit “Nous, on vote Front National, et on ne veut pas que notre fils soit au contact du vôtre parce qu’il est noir.” »
On en est donc là, en 2025, en France : un racisme décomplexé dans le sillage d’un parti qui, sondages aidant, se sent pousser des ailes. Dans la lignée, aussi, d’un groupe médiatique au service de ses thèses, celui de Vincent Bolloré et de sa “guerre de civilisation”. Qui sont là pour occulter, taire ce qui rassemblerait les gens – la lutte contre les inégalités, contre les milliardaires qui se gavent, et pour plus de justice sociale – et a contrario diviser le peuple sur des bases identitaires. Ou quand le racisme devient l’arme idéologique du Capital… Or le cas de Thays rappelle à lui seul ce que seraient, sans doute, les principaux risques dans le cas d’une victoire de l’extrême droite : que le pire du pays remonte à la surface, libéré, encouragé.
Le mot de la fin, et de l’espoir, pour Thays. « J’aimerais dire aux enfants harcelés qu’on peut s’en sortir, que ça ne nous détruit pas pour toujours. Et surtout qu’il faut en parler. Il ne faut pas rester seul dans son coin car ce n’est pas comme ça que ça va se régler. »



