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Réforme de l’assurance chômage : les vrais chiffres de l’enfumage !

C’était censé être un système « plus efficace, plus progressif et plus juste », à en croire Olivier Dussopt, alors ministre du Travail. Mais presque trois ans après son instauration, les chiffres disent tout le contraire : la réforme de l’assurance-chômage a fait exploser le nombre de personnes en fin de droits, sans empêcher la remontée du taux de chômage en France. Ou comment, sous couvert de concepts bidons, le gouvernement fait, encore et toujours, des économies sur le dos des plus précaires.
réforme chômage
Signs indicating employment and unemployment

Publié le 23 décembre 2025

Ça s’appelle la « contracyclicité », et personne ne sait ce que ça veut dire. Personne, à part l’Unedic et le gouvernement, quand ils ont instauré la réforme de l’assurance chômage le 1er février 2023. Et qu’ils nous l’ont vendue avec la novlangue qu’ils maîtrisent parfaitement : « réduire la durée maximale d’indemnisation tout en renforçant la protection des demandeurs d’emploi en cas de dégradation du marché du travail. » Qu’on résume : pour faire 4,5 milliards d’économies par an, le gouvernement a décidé de baisser la durée d’indemnisation de 24 à 18 mois quand le taux de chômage est inférieur à 9 %. Le but, c’était d’« être plus généreux et plus protecteur quand ça va mal, et plus incitatif quand ça va bien », expliquait fièrement Olivier Dussopt. Qui détaillait la logique derrière ce projet brillant : « Il y a deux périodes pendant lesquelles le retour à l’emploi est le plus élevé pour les demandeurs d’emploi : tout de suite après l’inscription à l’assurance chômage, et tout de suite avant la fin des droits. Et, entre les deux, ça baisse un peu, donc nous voulons resserrer cette période-là. »

Les vrais chiffres du chômage

Résultat, il a fallu près de trois ans pour que la vérité éclate : toute cette « réforme », cette forêt de concepts et de termes abscons établis à partir de tableaux Excel, à commencer par la « contracyclicité » – que l’économiste Maxime Combes résume à « baisser les indemnités quand la situation [économique] s’améliore », étaient une vaste fumisterie. Le 18 décembre, l’Unedic a publié les chiffes des « premiers effets de la réforme de contracyclicité » : le nombre de demandeurs d’emplois en fin de droit était passé de 41 000 en mars 2023 à 70 000 en mars 2025, soit une augmentation de 70 %. Quant à la durée d’indemnisation, elle a chuté de 14 % en moyenne. Au final, la « réforme » a donc fait exploser le nombre de personnes hors des droits, et la fameuse « incitation » accrue à retrouver du travail n’a pas fait diminuer le taux de chômage. Au contraire, ce dernier a augmenté, entre 2023 et le troisième trimestre 2025, selon l’Insee. Pour atteindre quels niveaux ?
Là, c’est la face cachée de l’iceberg.
Le grand enfumage dont on vous parlait dans notre dossier spécial sur le sujet, l’année dernière, et qui balaie le mythe d’un chômage à 7 ou 8 % dont se targuent les Macronistes. Non, on est plutôt à 17, 18, 19 %, pour parler franchement…
Alors, pour vous donner quelques billes et briller lors des repas de fêtes, on vous remet ici, en accès libre, notre dossier sur les vrais chiffres du chômage…


« Je parlais aux murs, alors… »

Mercredi 13 mars 2024

« Et ton frangin, comment il va ?

— Ffff… pas simple, ffff… Il a perdu son… ffff… boulot, est au chômage, ffff… depuis six mois…

— Ah merde, je savais pas. »

Sur le stade, mon pote Arnaud crache ses bronches pour récupérer, entre deux tours de piste, ce soir-là. C’est plus simple pour moi : je tiens juste le chrono. Une fois son souffle retrouvé, Arnaud poursuit.

« C’est une histoire un peu moche, il a subi, quand même, avant de se faire virer. Tu devrais le voir, il te racontera, ça pourrait t’intéresser. »

Les histoires de chômage, de boîtes qui ferment, c’est pas ce qui manque. On en reçoit tous les jours, sur nos boîtes, à Fakir. à force, on a même tendance à les banaliser, ces drames du quotidien. Mais il faut lutter contre cette tendance, sans cesse…

Alexandre m’avait filé rendez-vous dans un café au cœur de la cité où il vit, dans le Val-d’Oise, en banlieue parisienne. J’avais failli le rater, le bar-tabac-PMU : le rideau était à moitié fermé, en ce milieu d’après-midi.

« Et le numéro 4 suivi du 6 Ever Green devant le 7 à l’entrée du virage… » Plusieurs écrans retransmettent les courses du jour, devant quelques habitués, tickets en main, pour vérifier s’ils n’ont pas touché le tiercé.

Alexandre est déjà là, cheveux en bataille, un café devant lui, adossé à sa chaise. Il aurait pris un peu de poids que ça m’étonnerait pas.

« Alors, t’es au chômage, donc ?

— Ben oui. Depuis juillet. Je bossais chez Grimaldi, une boîte italienne qui fait de la gestion de transport et de marchandises. On bossait sur les porte-conteneurs, avec les compagnies maritimes, les douanes. Nos clients, c’était de gros importateurs et exportateurs. L’équipe était super cool, on bossait bien, mais c’est dans la mentalité audessus qu’il y avait un problème.

— C’est-à-dire ?

— On était une équipe de six, quatre à Bordeaux, deux à Paris. Une collègue de Bordeaux a été mise en arrêt de travail, elle était épuisée. Puis celui qui bossait avec moi a été mis en arrêt maladie longue durée. On s’est retrouvés à quatre pour faire le boulot de six, je te dis pas… Ils auraient pu embaucher une personne de plus, mais non.

— Ils reçoivent pas des aides de l’État, pour embaucher ?

— Ils en touchaient, oui. Mais quand on met le nez dans ces questions, qu’on demande des montants, on nous dit que ce n’est pas nos affaires. De toute façon, Grimaldi, ils n’ont pas besoin d’aides. Ils font un chiffre fou, du profit à mort. D’ailleurs, ce que je trouve bizarre, c’est que les aides vont à ceux qui ont le plus d’argent. Enfin bon…

— Et donc, tu t’es retrouvé à bosser seul ?

— C’était dur, il n’y avait personne d’autre avec moi dans le bureau. Seul, toute la journée, tout le temps. Ça pèse, ça pèse lourd. Je commençais à parler aux murs. Le DRH a voulu me voir : il a considéré que je n’étais plus assez motivé, et il m’a licencié. J’ai même pas contesté… »

La suite dans le dossier ici.

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