Fakir : Légitime Défiance : pourquoi ce titre pour votre livre ?
Alexis Spire : Je voulais prendre le contrepied d’une idée largement répandue selon laquelle la confiance dans les institutions est une norme souhaitable : « Avoir confiance, c’est bien, être défiant, c’est mal. » Cette espèce de morale est une façon de culpabiliser les classes populaires. Comme si on ne pouvait pas avoir des raisons d’être défiant !
Fakir : Justement, quelles en sont les raisons, selon vous ?
Alexis Spire : Cette défiance à l’égard d’institutions comme la Justice, l’école ou l’Hôpital public, c’est le résultat d’un espoir toujours déçu par rapport à des promesses non tenues. Quand les classes populaires se confrontent à ce que sont devenus les services publics, leur déception est à la hauteur de leurs attentes. Pourtant, l’attachement à l’État reste fort.
Fakir : Ces déceptions naissent quand, concrètement ?
Alexis Spire : Quand on s’adresse à la justice et que les dossiers prennent énormément de temps et n’avancent pas. Quand on est victime de violences sexuelles, qu’on va déposer plainte au commissariat, et que cette plainte se perd dans les limbes [NDLR : notre entretien a été réalisé avant le drame, mais les circonstances scandaleuses de la mort de la petite Lyhanna donnent une terrible illustration à ces propos]. Quand on attend des heures dan



