"J’espère qu’un jour je pourrai raconter cette lutte à mes enfants. Dire que j’y étais. Que je me suis battue, qu’on a tenu. Pas seulement pour nous, mais pour une vision de l’humain. » Après avoir vu la vidéo de Jenny, on avait filé à Poitiers, à la rencontre de sacrées guerrières…
Les Feuillants, on ne dirait pas un Ehpad, plutôt un grand monastère médiéval. Léa, vingt-huit ans, les yeux bleus, un piercing au nez et de grandes lunettes marron, parle avec le débit d’une mitraillette. Elle a commencé à bosser ici à dix-huit ans. Les Feuillants, c’est son premier boulot. « Avant ici, c’était un couvent. C’est pas fait pour être un Ehpad mais ils ne peuvent pas faire les travaux, le bâtiment est trop ancien. Du coup c’est beaucoup trop grand, ça nous rajoute des grosses distances. La dernière fois, j’ai regardé sur mon téléphone : j’ai fait dix-sept kilomètres en une journée de boulot. Tu veux savoir ? J’ai perdu huit kilos en deux mois. Là, je suis très fine. Je peux manger ce que je veux, ça ne changera rien. »
Léa parle aussi vite qu’elle court de chambre en chambre, de patient en patient, contre le temps. « Certains résidents ont Alzheimer ou d’autres maladies, donc beaucoup de sonnettes d’aide ne sont pas urgentes. » Mais ça ajoute à la montagne de tâches quotidiennes, pour 1700 euros par mois. « Les épaules, le bas et le haut du dos, la nuque



