Rien que pour nos yeux
On a huit secondes par monture. Le chef crie si on est trop lent. Les mains font mal le soir à force de visser. » Une ouvrière de Whenzhou relate ainsi à l’ONG CLW (China Labor Watch) ses journées infernales. « La nuit on dort à six ou huit sur des lits superposés dans de petites chambres. On doit partager les douches et le lavabo, même là il faut se dépêcher… »
C’est sur un fond sonore de 90 décibels que ses collègues insèrent dans les branches de lunettes les tiges métalliques qui leur assureront souplesse et robustesse, en polissent les bords pour prévenir les irritations cutanées ou installent avec adresse et minutie les charnières qui vont lier branches et montures. Ou encore vérifient l’alignement axial entre le côté droit et gauche des lunettes, à raison de milliers de paires par jour. Ça se passe à Shenzhen et Guangdong. Vous portez des lunettes ? Il y a neuf chances sur dix qu’elles viennent de ces villes-usines où les conditions de travail font rêver : lors des Black Friday, Noël ou soldes, les chaînes de production tournent à plein régime.
Lorsque Amazon passe commande pour 10 000 pièces, les ouvriers dorment même sur place (et les heures sup’ ne sont pas toujours payées). On y trime six jours sur sept jusqu’à douze heures par jour pour un salaire de base de 320 euros mensuels : un ouvrier doit sortir ses 800 montures par jour.
Les donneurs d



