« Je ne peux toujours pas en parler sans pleurer… » On mesure parfois l’importance d’un événement aux trémolos qu’il laisse dans la voix de celles et ceux qui y ont participé. Quand Gudrun Jonsdottir me raconte sa journée du 24 octobre 1975, même séparées par 3500 kilomètres, ni la distance ni notre anglais deuxième langue n’empêchent ma gorge de se serrer. J’entends sa voix faiblir. Je l’imagine, les yeux humides, alors qu’elle se remémore une des plus grandes grèves de femmes de l’histoire. Un épisode longtemps resté méconnu.
Quand j’ai découvert cette histoire dans un documentaire (« We Are Coming, chronique d’une révolution féministe », de Nina Faure, sorti en 2023), j’ai bondi de mon canapé : le 24 octobre 1975, 90 % des Islandaises arrêtaient de travailler. En quittant leurs bureaux, leurs usines, leurs maisons, mais aussi en refusant d’effectuer les tâches domestiques et pour certaines de s’occuper de leurs enfants, les femmes ont mis leur pays à l’arrêt. Piquée par la curiosité, et un peu au hasard, j’ai contacté les archives de l’Histoire des femmes en Islande pour comprendre comment elles avaient réussi cet incroyable tour de force. On m’y a donné un numéro, pour en savoir plus : celui de Gudrun. « à l’époque, j’avais 21 ans. J’étais mariée et j’avais un enfant d’un an. J’étais étudiante en biologie, donc je ne pouvais pas faire grève



