« Ici, c’est le seul endroit chaud où on peut rester toute la journée », raconte Sofiane*. Ce qu’il appelle « au chaud », c’est l’entrée d’un parking souterrain, à deux pas de la cathédrale d’Amiens. En ce moment, entre les températures avoisinant les -7°C et la neige qui ne cesse de tomber, avec deux amis, Sarah* et Jean-Louis, il reste dans ce courant d’air abrité toute la journée. Sofiane est sans domicile fixe depuis une quinzaine d’années. Le soir, ils rejoignent un foyer qui offre le repas, et le logis. « Mais à partir de 7h30 le foyer est fermé. On retourne dehors. » Il frotte ses mains l’une contre l’autre. Son bonnet gris et son fin manteau noir ne suffisent pas à maintenir son corps au chaud. Quand nos regards se croisent, j’entrevois de la tristesse, et de la lassitude. Son œil gauche semble transpercer le vide, comme s’il en avait perdu l’usage…
9h00. « Il faut attendre que ça passe. »
Comme tous les matins depuis que la neige reste au sol, je suis en retard pour le boulot. Chaque pas demande un équilibre parfait pour ne pas glisser sur verglas. Les pneus des voitures patinent aussi… Tout le monde semble en retard, d’ailleurs... La tête emmitouflée dans la capuche, je force l’allure pour arriver au plus vite dans nos locaux. Je fixe la neige sous chacun de mes pas, mais mon regard est attiré pas l’entrée d’un parking souterrain : des voix, à peine audibles, résonnent. Trois personnes,



