Vous avez peut-être déjà plongé votre regard dans le sien, rempli de stupeur. L’homme en chemise blanche, les yeux écarquillés et les mains crispées dans les cheveux, vous voyez le visage ? Le Désespéré, l’autoportrait emblématique du peintre Gustave Courbet (1845). Courbet, oui, le peinte de la Commune de Paris de 1871, dont il fut élu du Conseil, délégué à l’instruction publique, président de la Fédération des artistes… et condamné pour avoir mis à terre la colonne de la place Vendôme !
Son tableau, donc, après quinze ans d’absence, est réapparu au musée d’Orsay un soir d’octobre dernier. À cette occasion, le public a aussi pu découvrir son nouveau propriétaire : Qatar Museums, autrement dit l’État du Qatar. Cette tête stupéfaite que représente le tableau, c’est probablement celle qu’aurait fait Gustave Courbet en assistant à l’exil de son œuvre…
L’annonce surprise
On vous refait l’histoire : lors de la remise en galerie de la peinture, en octobre, donc, l’établissement organise une cérémonie en la mémoire de son ancien directeur, Guy Cogeval, récemment décédé. Pour l’occasion, Rachida Dati, Brigitte Macron et des personnalités du Qatar, comme la sœur de l’émir, Sheikha Al Mayassa, sont présentes. Mais l’hommage prend une drôle de tournure quand, devant une foule stupéfaite, Sheikha Al Mayassa, directrice de Qatar Museums – l’organisme chargé du développement des musées qataris – annonce être propriétaire de l’œuvre de Courbet. De fait, un arrêté du Journal officiel explique que le tableau n’est que prêté pendant cinq ans à la France. Il rejoindra ensuite Doha, la capitale de l’Émirat, dans un futur musée en projet.
Dans “L’oeil du 20h”, sur France 2, l’équipe d’investigation a raconté les coulisses de cette vente polémique… La dernière propriétaire du tableau avait décidé de s’en séparer en 2012. Dans sa quête d’un nouvel acquéreur, sa seule condition était de refuser toute vente aux autorités qatarie ou saoudienne, fâchée qu’elle était de voir les deux pays mettre la main sur le patrimoine français… Depuis, l’œuvre dormait dans un coffre-fort à la BNP. Et si la banque affirme aujourd’hui qu’elle a bien respecté les souhaits de sa cliente en trouvant un acquéreur en France, dont la nationalité reste secrète, ce nouveau propriétaire a visiblement, lui, préféré revendre le tableau au Qatar…
L’art en garde-fou
Il y a quelques années, en 2020, nous avions déjà croisé la route de Courbet. François s’était rendu à Ornans, la ville natale du peintre. À travers le récit des habitants, on en a appris un peu plus sur cette figure de lutte et de résistance, jusqu’à son combat, comme d’autres artistes tels que Lamartine, Hugo ou Rousseau, pour protéger des sites naturels classés. On vous racontait tout ça dans “La loi des peintres”. Parce qu’aujourd’hui encore, face aux promoteurs, bétonneurs et constructeurs qui ravagent les paysages des villages, l’art agit comme un garde-fou…
Alors, c’est notre cadeau de Noël : on vous offre cet article en accès libre !
Mairie d’Ornans, 10h10
Tout est Courbet, ici, à Ornans. On se gare sur le parking Courbet, on traverse la place Courbet, on passe devant le restaurant Courbet, et bien sûr le musée Courbet, avec des oriflammes « Courbet, le bicentenaire » le long des rues, jusqu’à la mairie où l’adjoint à la Culture me remet, sous une reproduction du fameux Enterrement, un timbre Courbet.
« Mais, on l’interroge,il n’y avait pas une brouille entre Courbet et les habitants d’ici ?
– Ah, vous posez la question qui fâche. Alors, nous disons justement : ‘‘Profitons de l’année Courbet pour marquer la grande réconciliation entre Ornans et le peintre’’… »
– Mais elle tenait à quoi, cette brouille ?
– Eh bien, Courbet était regardé comme un fils de notable, il revenait de Paris, un peu bohème, il faisait des fêtes très bruyantes. Ses prises de position, aussi, politiques, contre l’Empire, les gens ne voulaient pas se fâcher avec le régime, et ça a bien sûr culminé avec la Commune. A tel point que vous avez là, dans l’entrée, le Pêcheur de chavots. C’est une sculpture, Courbet en a fait cadeau à Ornans. Mais les habitants ont été choqués parce qu’il était nu, c’était une population un peu conservatrice… Ils l’ont rhabillé, d’abord, ils lui ont mis un short… »
Pour lire la suite de “La loi des peintres”, c’est par ici !



