« Toutes les neuf minutes, une femme meurt d’un avortement non sécurisé dans le monde. » Sarah Durocher, la présidente du Planning familial, le rappelle à l’occasion de la journée mondiale du droit à l’avortement, placée chaque année le 28 septembre. Histoire de se souvenir que les avancées et les droits, en la matière, restent fragiles.
En France, en 2024, le nombre de femmes recourant à l’IVG a augmenté de 3,14 %. Malgré tout, le nombre de structures (centres d’IVG, maternités…) sont en baisse, tout comme les subventions dédiées, avec des coupes budgétaires de 7 millions d’euros pour le planning familial, pour ne parler que d’elles.
Autre chiffre qui interroge : 63 % des femmes ayant eu recours à un avortement ont « peur d’être jugées ou d’avoir des remarques de la part des professionnelles ou de l’entourage ». Pourtant, l’IVG est légale depuis 1975 – cinquante ans, déjà. Mais les attaques politiques se multiplient, y compris autour de nous. En Italie, en avril 2024, le Parlement a validé un amendement autorisant les militants anti-choix à entrer dans les cliniques. Les praticiens peuvent également s’y déclarer objecteurs de conscience et refuser de pratiquer une IVG – ils représenteraient désormais près de deux tiers des gynécologues italiens, selon Oxfam France… Et on n’évoque même pas aux États-Unis, où vingt-et-un États interdisent désormais le recours à l’avortement.
Tout ça m’a renvoyée, en y songeant ce week-end, à ma grand-mère, avec qui j’épluchais les haricots, il y a quelques jours à peine…
Étrejust (80), le 2 septembre.
« Si j’avais pu prendre la pilule, je n’aurais pas eu autant d’enfants… » Entre deux gorgées de café, mamie m’avait recrutée pour l’équeutage de haricots blancs du jardin. Du coup, sur la grosse table en bois dans la cuisine, on papote…
Elle a 86 ans et est fatiguée, mamie, je le vois dans ses cheveux gris et ses petits yeux. Faut dire, sept enfants, c’est du boulot ! Elle en a eu du courage. Mais bon, « je voulais prendre la pilule mais le médecin ne voulait pas me la donner. Alors, j’ai eu mon dernier enfant, à 34 ans. “Vous n’allez pas prendre la pilule jusqu’à 50 ans !”, qu’il me disait, le médecin. Tu sais, c’était la campagne, peut-être qu’en ville c’était autrement. J’ai réussi à le convaincre de m’en prescrire. Mais ça n’allait jamais. J’avais tout le temps mes règles, ça saignait, ça saignait. J’ai changé trois fois de pilule, mais ça ne changeait rien.
– Pourquoi tu n’as commencé la pilule qu’à 34 ans ? Et pas quand tu as connu papi, à 17 ans ?
– T’es pas bien ! … Lire la suite ici




