Étrejust (80), le 2 septembre.
« Si j’avais pu prendre la pilule, je n’aurais pas eu autant d’enfants… » Entre deux gorgées de café, ma grand-mère m’avait recrutée pour l’équeutage de haricots blancs du jardin. Du coup, sur la grosse table en bois dans la cuisine, on papote.
Elle a 86 ans et est fatiguée, mamie, je le vois dans ses cheveux gris et ses petits yeux. Faut dire, sept enfants, c’est du boulot ! Elle en a eu du courage. Mais bon, « je voulais prendre la pilule mais le médecin ne voulait pas me la donner. Alors, j’ai eu mon dernier enfant, à 34 ans. “Vous n’allez pas prendre la pilule jusqu’à 50 ans !”, qu’il me disait, le médecin. Tu sais, c’était la campagne, peut-être qu’en ville c’était autrement. J’ai réussi à le convaincre de m’en prescrire. Mais ça n’allait jamais. J’avais tout le temps mes règles, ça saignait, ça saignait. J’ai changé trois fois de pilule, mais ça ne changeait rien.
— Pourquoi tu n’as commencé la pilule qu’à 34 ans ? Et pas quand tu as connu papi, à 17 ans ?
— T’es pas bien ! J’allais pas demander la pilule à 17 ans ! Ça ne se donnait pas comme ça, la pilule. Pis on m’aurait prise pour une pute, pour une fille qui veut s’amuser. C’est cru, mais c’était les mœurs de l’époque. Maintenant on parle librement de tout ça…
— Entre copines, vous ne partagiez pas d’autres stratagèmes pour



