Caen (14), le 30 juillet.
Ma langue est lourde quand je parle Français. Il faudrait que je parle plus souvent pour progresser, mais tous les gens avec qui je travaille connaissent l’Arabe, alors on ne parle pas Français. » Cela faisait vingt bonnes minutes qu’Ahmed m’attendait sur un rond-point en bordure de nationale, pour rejoindre la région parisienne depuis Caen. Pour ne pas faire le trajet seul, j’avais proposé un tarif très bas, autour de 10 €, sur un site de covoiturage. Peut-être à cause de l’âge de ma voiture, Ahmed était le seul passager à avoir réservé le trajet ce matin-là .
« Désolé pour le retard, je n’avais pas vu ta réservation, alors j’ai un peu tardé à décoller...
— Pas de souci, je suis pas pressé, c’est mon jour de repos aujourd’hui.
— Justement, tu dois vouloir en profiter. J’ai mis dans l’annonce que je prenais les petites routes, mais on va prendre l’autoroute. Tu fais quoi comme boulot ?
— Peintre en bâtiment. Je pars à Montpellier demain, on a un nouveau chantier dans un hôtel jusqu’en décembre. Après je rentre chez moi, en Égypte. Tu y es déjà allé ? »
Même si je n’ai jamais vu les Pyramides, la conversation s’engage facilement. La trentaine bien tassée, Ahmed me raconte sa vie entre la Seine-Saint-Denis, où il partage un appartement, et la Normandie, où se trouve l’entreprise de BTP de son cousin. VoilÃ



