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Journal fâché avec tout le monde. Ou presque.

Ils se cachent ? Qu’ils se cassent.

Quelle perte, quel drame vivra-t-on si s’envolent 0,003 % des vautours qui s’engraissent sur notre dos ?

Publié le 16 septembre 2025

« Taxer les plus riches… euh… non, faut pas, parce que… c’est eux qui créent de l’emploi, alors… » à la radio, ce matin-là, les journalistes allaient « sur le terrain », comme ils disaient, interroger les gens. Le thème : les plus riches doivent-ils contribuer à l’effort commun pour les fameux « 44 milliards » que la Macronie et la droite veulent gratter sur le dos des Français ? Honnêtement : pour la plupart des personnes interrogées, cela relevait de l’évidence. Jusqu’à ce monsieur, chauffeur routier je crois : « Non, c’est eux qui créent de l’emploi. » Il soufflait d’une voix peu assurée, comme soucieux de ne pas dire de bêtise.

Ça m’a désolé, consterné, et démoralisé, aussi, un peu.

Que les « éditorialistes économiques » ou « analystes politiques » des plateaux de BFMTV, CNews, LCI nous répètent ça à longueur de temps, comme les pleureuses de l’Antiquité feignaient le malheur dans le sillage des enterrements, qu’ils annoncent tous les malheurs du monde si on s’en prend aux milliardaires, on y est habitués. Mais on mesure mal, peut-être, à quel point leurs discours, depuis trente ans, ont pénétré les esprits.

Il faut le répéter, alors, face aux mille bouches qui tentent de nous convaincre du contraire, matin midi et soir : ce sont les gens qui bossent qui créent de la richesse. Les plus riches et les détenteurs des grands groupes ne font que louer leur force de travail, et encore par une cascade de sous-traitances. Pour récupérer, dans l’autre sens, les fruits de ce labeur. Car ils ne redistribuent plus, ils n’investissent plus, mais s’offrent, entre eux, des dividendes, énormes, démesurés, 95 milliards cette année. Mais ce sont les infirmières, les aides de vie, les éboueurs, les caristes, les caissières, les profs, les artisans, les cadres, les bénévoles et tant d’autres, ce sont eux qui créent la richesse dans notre pays, qu’elle soit matérielle ou immatérielle.

« Ceux qu’il faudrait plutôt taxer, les supprimer, même, c’est les élus, les politiques », concluait le monsieur. Mais quelle est la différence entre des élus et nos chers milliardaires – au-delà de la légitimité populaire dont peuvent se targuer les premiers ? Les politiques sont dans la lumière. Comptables de leurs actes, de leurs votes devant les électeurs, et exposés médiatiquement.

« Surtout, qu’on ne fasse pas le lien entre leur fortune qui déborde et la pauvreté qui gagne. »

Nos milliardaires, eux ?

Ils se cachent. Restent discrets. Surtout, qu’on ne vienne pas trop les questionner sur leur fortune, colossale, alors que la France n’a jamais créé autant de richesses dans son histoire, rappelons-le, mais que 10 millions de personnes survivent sous le seuil de pauvreté. Qu’on ne fasse pas le lien direct, évident, entre leur fortune qui déborde et la misère qui s’installe.

Tenez : vous connaissiez Axel Dumas ? Moi non plus. Jamais entendu parler, jusqu’à récemment. L’homme, PDG d’Hermès, est devenu, au printemps, la première fortune de France, avec 163 milliards d’euros, devant Bernard Arnault. Vous ne le connaissez pas parce qu’ils se planquent, comme les Mulliez (propriétaires d’Auchan, Décathlon, Kiloutou, Kiabi… j’arrête là, je n’ai qu’une page), comme tant d’autres.

Ils se cachent, et ils cachent, aussi.

À l’heure où on nous vend l’urgence de la dette – pour mieux tailler dans les services publics, l’Hôpital, l’école… – rappelons que la fraude fiscale des plus fortunés et de leurs entreprises représente, selon les estimations, quelque 100 milliards de pertes pour l’état, chaque année.

Reste la question, que posait le monsieur interviewé : ne risquent-ils pas de partir, si on les taxe ? Si on récupère ne serait-ce qu’une bribe des 377 milliards de cadeaux qu’Emmanuel Macron leur a servi sur un plateau depuis qu’il est à l’Élysée (je vous renvoie à notre calcul, en pages centrales) ?

Vont-ils se barrer, nous laisser en plan, livrés à nous-mêmes, nous priver de leur talent, leur génie, leur ruissellement ?

J’aime souvent citer pour y répondre feu Bernard Maris, l’écrivain et prof d’économie. Il formulait les choses ainsi, en gros : « Le capitalisme rétribue la rareté. Les meilleurs joueurs de foot gagnent beaucoup d’argent parce qu’ils sont les seuls au monde à pouvoir faire ce qu’ils font avec un ballon. Mais les chefs d’entreprise du CAC 40, ceux qui délocalisent, ne prennent des risques qu’avec les vies de leurs employés, les licencient pour mieux faire monter le cours en bourse, ou pour mieux revendre la boîte qu’ils viennent d’acquérir ? On trouvera à chaque coin de rue des gens pour les remplacer, et faire aussi mal qu’eux. »

On ajoutera que ces milliardaires, ces « grands capitaines d’industrie », sont des héritiers, pour l’immense majorité : leur principale vertu est d’avoir reçu de l’argent dès le berceau. C’est le cas de Bernard Arnault, à qui l’état a en plus offert Boussac au début des années 1980, Boussac qu’il a dépecé, siphonné, dont il a viré les employés, avec tous les drames humains qui vont avec, pour n’en garder que les marques de luxe – les plus rentables.

Alors, oui, qu’ils partent. On en trouvera plein, des comme lui, des comme eux.

Je vous le promets. Juré, craché.

Qu’ils partent, avec leurs dividendes, leur patrimoine accumulé depuis des années grâce aux cadeaux fiscaux, leur fortune qui depuis l’arrivée de Macron au pouvoir a bondi de 557 milliards, multipliée par deux : ils ne se gaveront plus sur notre dos, au moins.

Et même : contentons-nous, factuellement, des études sur le sujet. Au cœur de l’été, le Conseil d’Analyse économique, organisme rattaché à Matignon, a publié une note sur l’exil fiscal. Ses conclusions sont limpides : « Une augmentation de l’imposition des hauts patrimoines d’un point de pourcentage engendrerait chaque année une diminution de la population de hauts patrimoines résidant fiscalement en France de 0,003 à 0,03 %. » Gabriel Zucman, directeur de l’Observatoire européen de la fiscalité, le résume ainsi : « L’exil fiscal en réponse à l’imposition de la fortune est très faible. »

Faire sans eux ?

Ce ne sera pas dur. Vraiment pas.

Non : le plus compliqué, ce sera d’inverser le cours des évidences proclamées, de combattre des années d’intoxication idéologique et médiatique, de faire passer auprès des gens la conviction que cette argumentation est bidon. On s’y attellera, on s’y attelle déjà, avec notre Tchio Fakir, en pages centrales. Ça prendra le temps qu’il faudra. En attendant, que nos 0,003 % de milliardaires se barrent, oui. Nous, on ne les retiendra pas.

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