Y'a de l'attente, dans le hall du Secours populaire, au Puy-en-Velay. Des femmes surtout, des mères avec bambins sur les genoux et des arrière-grands-mères un sac plastique Cora à la main, des assises et des debout, des habituées qui papotent entre elles gaiement et des c'est-la-première-fois gênées de se retrouver là, pauvre officiellement, et il faut poireauter quand t'es pauvre, faire la queue, passer derrière la vitre, exposer ton cas pour obtenir un colis alimentaire ou un bon d'achat.
J'hésite.
Je me lance au milieu d'eux, d'elles.
Pour une recherche de témoins à la criée.
" Excusez-moi, excusez-moi, hum hum… "
Le brouhaha s'éteint.
" Je me présente, je travaille pour un petit journal et je voudrais faire un article sur le gaz et je me disais que, peut-être, vous aviez des choses à raconter parce que… "
Ma phrase à peine achevée, suspendue, que le brouhaha reprend de plus belle, tumultueux, ouh la la que oui, qu'elles en ont à raconter, et que " Moi GDF me réclame 3 000 € " à ma gauche, et que " Moi ils m'ont coupé du jour au lendemain " à ma droite, et que " Moi ils ont doublé leurs tarifs " à l'entrée.
Je ne sais plus où donner de l'oreille, du stylo, du calepin.
" Mais pour qu'on ait des chiffres exacts, est-ce que vous auriez, avec vous, des factures ? "
Ils, elles s'insurgent.
Des factures, mais à quoi ça pourrait bien leur servir, les factures ?
" Tout ce qu'on paie, on le connaît par cœur ! "
Monsieur Mahamir, par exemple :
Gaz : le jackpot tranquille – 1/2
+3,9 % en octobre, +2,2 % en novembre, + 72 % depuis dix ans, « c’est monté à 258 € pour deux mois, contre 104 € avant… » Au Secours populaire du Puy-en-Velay, les pauvres savent compter.
Mais à Paris, les riches aussi : « le Groupe a introduit une nouvelle politique de dividende, basée sur un taux de distribution de 65 à 75 % », « sont provisionnés 830 000 € par an de retraite chapeau »…
En 2014, comme en 2013, en 2012, etc., chaque abonné au gaz a versé 304 € aux actionnaires de GDF-Suez. C’est un véritable impôt inversé, qui prend aux travailleurs, aux retraités, pour donner aux riches.
S’est ainsi reformée une « grande féodalité économique ».
Qui soutire une rente à 11,5 millions de foyers.
Qui n’investit pas, qui n’imagine rien, qui se gave, juste.
On n’oserait pas faire un titre pareil, bien trop caricatural, alors on en laisse le soin aux Échos : « GDF-Suez : quand le dividende impose sa loi » (31/01/13)…
Publié le 2 novembre 2015
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