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Journal fâché avec tout le monde. Ou presque.

Harcèlement scolaire : 37 % de victimes chez les jeunes, et ces réseaux « sociaux » qui « étouffent ».

37 % de jeunes victimes de harcèlement, 39 % des victimes filles qui ont songé à se faire du mal, voire pire, des chiffres qui explosent, grâce aux réseaux dits « sociaux ». Ça m’a ramené à Marina, à Sara, à Céline…
Harcèlement

Publié le 12 novembre 2025

« J’étais très peu confiante en moi, depuis mon harcèlement en 6e, au collège. J’ai changé d’établissement. Mais ma meilleure amie a été harcelée elle aussi, du coup elle est partie. Je suis seule, à nouveau. »

Les mots de Marina m’étaient revenus, de loin, en lisant les chiffres, sur mon écran. Ceux d’une étude, de l’association e-enfance, publiés fin octobre, sur le harcèlement et le cyber harcèlement des jeunes. C’est un raz de marée qui ne cesse de grossir, d’enfler, toujours plus ravageur : 37 % des jeunes sont victimes de harcèlement, soit plus de 11 par classe si on rapporte le taux à une salle de trente élèves… Et plus d’un tiers des enfants harcelés le sont dès l’école primaire, à moins de dix ans, donc. Un chiffre qui explose, lui aussi. Pourquoi ? « Aujourd’hui, dès 6 ans, ils ont quasiment la même vie numérique que des adolescents, voire des adultes… » soupire Samuel Comblez, psychologue de l’enfant et directeur général adjoint de e-Enfance.

Dit autrement, on place des grenades dégoupillées dans les mains de nos gamins, des bombes qui peuvent exploser à toute heure, en tout lieu, bien au-delà du cadre scolaire où étaient auparavant circonscrites les attaques, brimades, humiliations.

Marion Robin, psychiatre pour adolescents à l’Institut Montsouris, à Paris, avait dévoilé, quand on était allé la rencontrer, un des ressorts qui rendent ça possible : « Les conséquences des actes en ligne ne sont pas visibles. Les relations virtuelles déresponsabilisent, surtout en cas de harcèlement : il n’y a pas de retour sur ce qui est posté, sur les messages envoyés, car on n’a pas en face de soi la personne qui le reçoit ou le subit. Or c’est essentiel de percevoir les réactions face à ses actions, d’avoir un retour physique. C’est aussi ce qui limite les actes malveillants. »

Pas de limite, ici. Et les réseaux deviennent des outils à harcèlement, ou pour se faire harceler, avec toutes les conséquences qui en découlent sur la santé mentale qui s’effrite, sur la confiance qui fuit, le repli sur soi, jusqu’à penser au pire. Le phénomène touche en particulier les filles, surreprésentées dans l’étude. 39 % des victimes féminines ont même songé à se faire du mal, voire au suicide.

Céline et Sara m’en avaient parlé, quand je leur avais rendu visite au centre d’accueil pour ados en souffrance, victimes entre autres de harcèlement scolaire, où travaille Fabian, dit Chef, le président de Fakir. C’était il y a deux ou trois ans. Entre une séance de groupe et un atelier d’écriture, j’étais allé les aborder…

Elles me parleraient, peut‑être ? Ensemble ? « On se connaît, on s’est déjà raconté nos vies, pas de problème. »

Céline, alors : « J’ai été hospitalisée, le médecin m’a demandé si je voulais venir ici, en sortant. Je me suis vite sentie bien avec le groupe.

Fakir : Ton hospitalisation, c’était pour quoi ?

Céline : Phobie scolaire et sociale, et puis dépression. J’arrivais pas à aller en cours, ou juste quelques heures par semaine.

Fakir : Mais c’est quoi, qui te faisait peur ?

Céline : On avait beaucoup de pression sur les résultats, le bac, les devoirs. Ici, je sais que je ne suis pas jugée. Les copains, les copines, ils ne posent pas trop de questions, ils font avec. Avant d’arriver ici, je pensais être la seule dans mon cas. La dépression, personne ne la comprenait. Mon père l’a très mal pris. Il ne m’adressait plus la parole. Me considérait comme anormale.

Sara : Déviante.

Céline : Exactement.

Fakir : Et toi, Sara ?

Sara : Pareil, le médecin m’a conseillé de venir. J’avais peur des autres. J’avais fait pas mal de conneries à cause des médicaments que je prenais. Fin 2021, j’ai été hospitalisée. Et puis, en novembre 2022, j’ai fait une rechute. Alors, je suis venue, et j’ai apprécié la vie, à nouveau.

Fakir : C’était quoi, le souci, pour toi ?

Sara : Des dépressions, avec à un moment des hallucinations auditives et visuelles. Y avait la pression scolaire, beaucoup de devoirs, le rapport aux autres. Je vomissais chaque matin avant d’aller en cours. J’étais pas bien dans ma peau.

Fakir : C’est dingue, parce que je me suis dit, en arrivant, que tu semblais bien, extravertie, justement.

Sara : Oui, mais non. J’étais envahie par les réseaux sociaux, aussi. Ils m’étouffaient, complètement.

Céline : Moi aussi.

Céline : Sur les réseaux, tout est fait pour faire croire que les autres ont une vie parfaite, alors on se compare, on se compare…

Sara : Le corps des autres filles, surtout. Tout est toujours parfait. Je passais ma vie avec le téléphone dans la main, même quand j’étais avec les autres. Maintenant, j’essaie de limiter tout ça. De privilégier les vraies relations. »

Si on ne veut pas que Marina, Sara, Céline ou leurs copains sombrent, et entraînent toute la société avec elles, parce que ce serait ça, la suite, il va falloir se dépêcher de se pencher sur la souffrance mentale que génère le harcèlement.

Remettre des profs formés devant les élèves, des infirmières et des psys à l’école, et limiter, drastiquement, l’influence du numérique sur la vie de nos gamins, à l’école comme sur leurs téléphones. Faire le contraire, en somme, de toute la politique menée depuis des années…

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