« Ils profitent de notre vulnérabilité de sans-papiers pour nous surexploiter. On charbonne comme des folles, et à la fin du mois, on doit payer 250 euros pour avoir nos fiches de paye ? C’est du racket. » Je suis avec Fadimatou, au fond du salon de coiffure, entre les têtes de mannequin et des perruques multicolores. Avec ses douze collègues, elles occupent le 65 boulevard de Strasbourg, à Paris depuis une semaine, jour et nuit. Des drapeaux rouges de la CGT et des pancartes sont accrochés au mur : « Coiffeuses en colère, marre de la gal’hair », « Patron escroc, paye les salaires ! »…
« La grève a commencé par un ras-le-bol : ça fait des mois qu’on vit sans salaire. Depuis le mois d’août, je n’ai pas reçu de virement. Et pourtant, on charbonne, on est une équipe phare, on fait 2000 euros de chiffre d’affaires par jour ! » Fadimatou, trente-huit ans, esthéticienne, surélevée dans son fauteuil de coiffure, gilet rouge sur le dos, me liste les tarifs. « Une coupe c’est 10 à 15 € pour les hommes, mais chez les femmes ça va de 20 à 90 €, ça peut même monter à 100 pour les coupes les plus chères. » Cécile, sa collègue, coiffeuse, assise à côté de moi, me détaille la myriade d’options. « Tissage, lissage, tresses, soins, ongles… On reçoit tout le monde, des enfants aux adultes. J’aime grave mon métier. Mais là c’e



