« Ouah… On a beaucoup bougé en colos ! Maroc, Corse, Jura… Le Maroc, on avait treize ans, on était en cinquième. Tu pars deux semaines pour cent balles, t’es bien. Ah, et pour un euro, tu peux partir à Bray-Dunes passer une journée à la mer. » Ce dimanche soir, avant même d’allumer la télé pour regarder les résultats des Municipales, j’avais le sourire. Alors que je finissais de planter les clous pour ma bibliothèque, sur mon téléphone, un message de Franck, médiateur social avec un coeur immense, dont on vous racontait la vie ici. « Salut Pierre ! Pour info, des nouvelles de Méricourt : la liste communiste l’a emporté avec 57 % face au RN qui a malgré tout fait trop de sièges. Amitiés, bonne soirée ! » Je me suis rappelé des récits de colos de Lilas, Soukeina, Ugo et des autres rencontrés à Méricourt. Et des récits similaires d’Ali Rabeh à Trappes : des semaines de vacances à dix balles pour les gamins. Autre très bonne nouvelle de la soirée, d’ailleurs : Ali Rabeh, un maire qui soulève des montagnes à Trappes, a lui aussi gagné dès le premier tour.
Franck ne pouvait pas me faire plus plaisir. On vous le raconte suffisamment dans ces colonnes, comment le RN grignote et attrape tout, un peu partout. Et particulièrement dans le bassin minier, aux élections nationales. À Méricourt, dans sa circonscription, Marine Le Pen a rassemblé 56 % des suffrages aux dernières législatives. Mais aux élections locales, c’est donc une autre histoire. Il faudra refaire le point après le second tour des Municipales, dimanche prochain, mais les résultats du premier tour montrent que non, le bassin minier n’a pas encore « basculé ».
Oui le RN l’emporte haut-la-main dans ses fiefs d’Hénin-Beaumont et de Bruay-la-Buissière. Oui certains bastions de gauche, comme Marles-les-Mines, Harnes ou Loison-sous-Lens, basculent RN. Et c’est un nouveau signal, loin des plateaux télé, loin des grandes métropoles, non pas d’un raz-de-marée, mais bien d’une lame de fond pour le parti d’extrême droite qui est arrivé en tête dans 58 communes du pays. Mais la gauche résiste dans nombre d’autres communes du bassin minier, et passe même dès le premier tour : à Méricourt donc, mais aussi à Fouquières-lès-Lens, à Grenay, à Lilliers, à Libercourt, à Houdain…
S’il fallait un seul symbole de cette résistance ? Lens. Un caillou dans la chaussure du récit du RN. Le parti d’extrême droite en faisait, en effet, l’un de ses objectifs prioritaires pour les municipales. Mais ce dimanche 15 mars, c’est bien la gauche qui l’a emporté à Lens : 50,72 % pour Sylvain Robert, candidat de l’union de la gauche, contre 46,49 % pour Bruno Clavet, le député RN, le « mannequin slip » parachuté de New York.
Reste un élément largement passé sous les radars : l’abstention est, de très loin, le premier parti du bassin minier comme du reste du pays. Avec seulement 57 % de votants ce dimanche 15 mars, contre 63 % en 2014 (le scrutin de 2020 ayant eu lieu dans le contexte du Covid19), l’abstention ne cesse de progresser aux municipales, aussi.
On vous livre des pistes d’espoir, pour la gauche, pour le pays, dans notre reportage à Méricourt : « Au pied du terril, l’humain sinon rien. »



