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Journal fâché avec tout le monde. Ou presque.

« On perd tout, vous êtes où ? » : fermeture de l’usine historique de Teisseire (Isère), 205 emplois sacrifiés.

« Ça faisait 300 ans, et on perd tout. On a affaire à des financiers, pas à des industriels. » La colère de Florent, ouvrier. Teisseire, c’est ces sirops en bidons que vous adoriez gamin. Son usine de Crolles (Isère), site emblématique de la région grenobloise depuis le XVIIIᵉ siècle, va fermer. 205 travailleurs jetés à la rue. Pour gaver les actionnaires de Carlsberg. Alors que 325 PSE sont en cours en France, que la désindustrialisation fracasse le pays, dans un silence assourdissant, un espoir persiste.

Publié le 20 novembre 2025

« Ça faisait 300 ans, et on perd tout. On a affaire à des financiers, pas à des industriels. Ils sont venus pomper le fric jusqu’à la moelle, et maintenant qu’ils ont tout pris, ils se débarrassent de nous. » L’annonce de la fermeture de l’usine, tombée le 16 octobre, et qui devrait cesser l’activité en avril, provoque la colère de Florent. « Lors du bilan financier de 2024, il y avait 144 millions d’euros en réserve. Et maintenant, on serait à − 24 millions ? Il faut qu’ils m’expliquent où est passé l’argent. »

L’usine de Crolles (Isère), site emblématique de la région grenobloise depuis le XVIIIᵉ siècle, avait été rachetée par le groupe britannique Britvic en 2010. Lui-même racheté par Carlsberg en 2025. La multinationale a reversé 3,6 milliards à ses actionnaires en 2025. Florent tient sa réponse. Sandrine, employée depuis vingt ans dans la boîte, a les yeux rouges. Elle se mobilise depuis de longues semaines dans la lutte avec ses collègues. « C’est ma deuxième famille ici. On va devenir quoi ? On nous laisse sur le carreau du jour au lendemain. » Mère de famille, elle appréhende déjà de rechercher un nouvel emploi : « Je ne suis plus toute jeune, et il me manque un bras [à la suite d’un accident du travail – ndlr]. Quelle entreprise va bien vouloir m’embaucher dans ces conditions ? »

Joseph est à deux ans de la retraite, il témoigne chez nos confrères de Médiapart : « On est remerciés comme des chiens après plus de trente-sept ans dans la boîte. » Karim pense à la suite. « Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les jeunes de l’usine que la direction a décidé de laisser sur le carreau. » Au total, ce sont 205 emplois qui sont sacrifiés ici. Au niveau national, 325 « plan de sauvegarde de l’emploi » (PSE) sont en cours en France (pour ne pas dire plan de licenciements) et 200 000 emplois sont menacés, selon la CGT. La désindustrialisation se poursuit, dans un silence assourdissant. Des sites emblématiques, stratégique, comme Arcelor (Visionnez notre série Netflix à nous, « On va pas s’mentir » #1 : au cœur de la lutte des salariés d’Arcelor Mittal) sont frappés, les uns après les autres.

Mais un espoir, un très mince espoir, subsiste. Les pouvoirs publics peuvent normalement refuser d’homologuer un PSE, mais ils ne ne font jamais. La loi Sapin du 14 juin 2013, l’article L1233-57-1, le permet. L’État peut nationaliser, aussi. Et surtout protéger, enfin, notre économie.

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