Des océans surchauffés, acidifiés et vidés, qu’il serait bon de protéger : c’est l’enjeu du sommet des Nations unies pour l’océan à Nice, du 9 au 13 juin, que la France organise avec le Costa Rica. C’est le troisième raout du nom, avec un même objectif : « conserver et exploiter de manière durable » l’océan et ses ressources.
Problème : avant même le début du sommet, Emmanuel Macron rejoue son topo sur l’ambition écologique de la France. Il promet, encore, « de faire plus que doubler le niveau de notre protection forte dans notre zone économique exclusive », en passant, en gros, de 5 % à 15 % le taux d’aires marines protégées dans les eaux françaises. Sauf que voilà des années que, derrière les beaux discours, le gouvernement français laisse faire la pêche industrielle et ses lobbies qui laminent les fonds marins (on vous racontait ça là dans notre dossier « La guerre des poissons et des lobbies », et dans un entretien ici).
Ce qu’oublie de nous dire le Président aussi, c’est que ces « nouvelles » aires marines protégées existent déjà pour la plupart depuis 2017. Et qu’il s’appuie surtout sur les projets du président de la Polynésie française, qui prévoit la création d’une vaste aire marine protégée de 5,5 millions de km².
Bref : bienvenue au sommet de l’hypocrisie.
Et pour bien comprendre en quoi la mer et ses ressources sont un enjeu politique au moins autant qu’écologique, on vous invite à (re)lire « On pêche au Sud, on mange au Nord » notre entretien avec le chercheur Didier Gascuel, ancien conseiller sur le sujet auprès de la Commission européenne.
« On pêche au Sud, on mange au Nord » – Entretien avec Didier Gascuel
On l’avait croisé à Bruxelles, comme membre du CSTEP, l’organe qui conseille la Commission rayon pêche. Didier Gascuel est le directeur du pôle de recherches halieutiques de Rennes. Un ponte dans le monde de la mer. Il nous a causé océans, sardines, ressources, écologie. Ou les rapports Nord-Sud expliqués par l’anchois du Pérou.
Sur le tableau, dans son petit bureau du pôle halieutique de Rennes, des lignes
de chiffres, des courbes, des schémas qui se superposent. » Oui, ma vie est pleine d’équations merveilleuses… » sourit Didier Gascuel. » Je vous invite à la cantine ? « , il me propose.
J’ai pris du poisson.
Les apprentis sorciers de la mer
Fakir : Bon, l’état de la mer n’est pas brillant, apparemment ? (je lance, entre deux bouchées de merlan.)
Didier Gascuel : C’est vrai, même si ça va mieux. On fait des bilans, chaque année. Les derniers, qui datent d’avril, montrent que la pression de pêche a été divisée par deux depuis quinze ans sur la côte atlantique de l’Europe. C’est assez spectaculaire. Ça prouve que, quand on prend des mesures, ça marche.Dans le même temps, la biomasse a remonté
de 40 %. Mais on n’y est pas encore : en gros, là où on avait cent tonnes de poisson dans la mer il y a quinze ans, on en a aujourd’hui 140. Et il faudrait arriver à 200. Il y a vingt ans, on capturait 45 % de chaque espèce chaque année. Là, on en est à 25 %. Il faudrait arriver à 20 %.
Fakir, qui se régale de l’info : Ah mais c’est une bonne nouvelle, ça ! Comment on en est arrivés là ?
[Pour lire la suite, c’est ici.]
Pour en savoir plus
Pour comprendre les escroqueries d’Emmanuel Macron sur ses annonces de protection d’aires marines, et l’enjeu des déclarations du président de la Polynésie française, c’est par ici.



