Dans les rues de Verdon-sur-Mer (Gironde), 1300 habitants, près de 800 personnes manifestaient dimanche 18 janvier pour protester contre l’implantation de la plus grande ferme-usine de saumons au monde. Un projet insensé de ferme terrestre, porté par le groupe norvégien Pure Salmon, qui veut produire 10 000 tonnes de saumons par an, soit 5 % de la consommation française. La mobilisation conjointe d’habitants, de militants (27 ONG sont sur le coup) et de marins-pêcheurs venait clore l’enquête publique qui a réuni plus de 18 000 contributions depuis le 15 décembre. La grande majorité est opposée à ce méga-projet de 24 bassins sur 14 hectares en bordure de l’estuaire de Gironde, à la pointe du Médoc, très critiqué pour les risques qu’il fait courir à l’environnement. En particulier à cause des eaux polluées.
« Dix fois pire que les mille vaches… »
« Des dizaines de milliers de mètres cubes seront rejetés par jour », expliquait sur FranceInfo le député écologiste de Charente-Maritime Benoît Biteau, par ailleurs agriculteur. « Dans ces bassins-là, on va utiliser des hormones de croissance, des antibiotiques en raison de la forte densité qui vont exposer ces poissons à des risques sanitaires. On va devoir renouveler cette eau tous les jours et on va rejeter les excréments, les résidus d’hormones et de pesticides dans le milieu naturel où on élève des poissons patrimoniaux. On s’est beaucoup ému de l’élevage des mille vaches dans le nord de la France, là on est sur un équipement dix fois pire… »
Le combat porte jusqu’au Parlement, puisqu’une proposition de loi pour empêcher ce genre de structures de se développer a été déposée en mars 2025. En attendant, c’est la lutte au cas par cas, pied à pied. Une lutte parfois victorieuse : Fakir vous racontait, il y a quelques mois, le combat d’habitants et d’associations contre un autre projet de ferme-usine à saumons à Plouisy, près de Guingamp. Là aussi, c’était contre un groupe norvégien, Smart Salmon, qui finissait par capituler face à la ténacité d’une poignée d’habitants et militants. Alors, de Gironde, on vous emmène en Bretagne…

« Du carton-pâte ou du caoutchouc… c’est invraisemblable. »
« Quand on a découvert le projet dans la presse, ça nous a laissés perplexes. Pourquoi avoir choisi Plouisy, à trente minutes de la mer, pour élever des saumons ? Au final, on n’a jamais eu d’explication… » Jean, retraité des « PTT », n’a rien contre le saumon, ni la Norvège. Mais comme lui, ils sont nombreux à ne pas avoir compris l’intérêt du projet « Smart Salmon » en périphérie de Guingamp. Sur dix hectares de terres agricoles, l’industriel norvégien voulait produire 8000 tonnes de saumon « made in France » par an. « Le saumon, quand j’étais gamin, on n’en mangeait qu’à Noël, et encore pas chaque année, se souvient-il. Maintenant, c’est devenu un poisson pas cher, surtout en France, qui est un des plus gros consommateurs au monde. Les gens veulent en manger tout le temps, sans savoir comment il est nourri. Or, dans ce genre d’usines, on fait un produit médiocre. Le saumon qui sort de là-dedans, ça ressemble à du carton-pâte ou du caoutchouc. »
Dans l’agglomération guingampaise, fief de l’industrie agroalimentaire, le projet a pourtant été accueilli à bras ouvert par les élus locaux. Jean : « Ce qu’ils ont vu, c’est que ça allait faire rentrer des sous et créer des emplois. Mais déjà que les usines locales peinent à embaucher, parce que c’est du travail mal payé, en 2×8 ou 3×8, dans le chaud-froid, avec des charges lourdes… Donc refaire une autre usine avec le même type d’emplois, c’était déjà aberrant. » La liste des aberrations ne s’arrête pas là. « Ils nous ont expliqué en long en large que leur système était en circuit fermé, mais on a appris que l’usine consommerait 600 m3 d’eau par jour et qu’elle aurait quasiment autant de rejets polluants à traiter. Ça tenait pas la route, leur histoire ! » Et ce n’est pas tout : « Y a aussi le problème du bien-être animal, c’est invraisemblable, comment ils traitent les poissons. Le seul avantage, c’était de gagner de l’argent, pour la firme. Pour eux, la pollution est un mal nécessaire. »
Mené en sous-marin depuis 2016, le projet « Smart Salmon » n’émerge que cinq ans plus tard. L’industriel a alors déjà signé un compromis de vente pour le terrain.
Illico, les habitants se mobilisent…
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